
Mozart et la femme aborigène peignent ensemble depuis le XVIIe siècle !
Il existe deux glacis. Les Glacis à l’huile et à la bière, inventés par la même corporation au XVIIe siècle.
On pourrait croire qu’ils se ressemblent — même gestes apparents, même surface, même quête de la lumière. Mais ce sont deux philosophies radicalement différentes et ô combien complémentaires.
Le glacis à l’huile et à la bière : même corporation, deux destins
Le glacis à l’huile, c’est Mozart — ou plus précisément Sarastro, le personnage dans lequel il s’est représenté dans La Flûte enchantée. L’intellect capable de composer huit partitions qui s’harmonisent simultanément. Un fantasme de fraternité universelle, de lumière révélatrice. Généreux, bavard, solaire. Il donne, il construit, il révèle par accumulation. Ce glacis huile- Mozart est le fruit d’une quête — une innovation technique délibérée, une conquête de la matière par l’intelligence.
Le glacis à la bière, lui, est probablement arrivé par accident. Sur un chantier de peintres décorateurs, à une époque où l’on buvait de la bière pour tenir. L’un d’eux a dû confondre son pot de glacis avec sa chope. Et découvrir, à sa grande surprise, que ça faisait quelque chose. La sérendipité comme maître.
Ce glacis là ne parle pas beaucoup. Je le vois comme une femme aborigène d’Australie — ancienne, archaïque, une déesse mère qui n’a pas besoin de s’expliquer. Faute de gras, le pigment crie famine. Il accroche, il vibre différemment. Il porte quelque chose de l’humanité qui longtemps n’a pas eu assez : pas assez à manger, pas assez de gras, pas assez de chaleur. Une mère — mais juste assez pour survivre. Elle révèle par ce manque même. Par ce qu’elle est : mate, terreuse, opaque.
Deux glacis, deux parties de soi
Quand on peint avec les deux, il se passe quelque chose d’étrange. On fait se rencontrer Mozart et la femme aborigène. L’intellect solaire et l’archaïque lunaire. Le masculin et le féminin — au sens jungien, pas au sens des genres.
Jung appelait individuation ce mouvement vers lequel nous tendons tous : l’union des contraires en nous. Le conscient et l’inconscient. La lumière et l’ombre. Ce que nous savons de nous — et ce que nous portons sans le savoir.
Le glacis à l’huile et à la bière ne sont pas des techniques. Ce sont deux parties de nous-mêmes qui cherchent à se rejoindre.
Quelle partie de vous a-t-elle le plus besoin que vous la rencontriez vraiment ?