L’outil le plus puissant de mon atelier ne touche jamais la peinture

Dans mon atelier, j’ai une brosse qui ne touche jamais la couleur sur la palette. Et qui ne touche jamais le pot de glacis. Elle s’appelle le blaireau.


S’il ne porte ni la couleur, ni le glacis, à quoi sert-il alors ?
Il livre à lui seul tout ce qui fait du glacis une philosophie bien au-delà de la technique.
Le blaireau est une brosse d’empreinte.


Il adoucit, arrondit les teintes les unes dans les autres. Il « poche » la couche picturale pour en faire une sorte de velours duveteux. Il floute ce qui est trop aigu, trop cassant.
Ce n’est pourtant pas là que réside tout son mystère. Il opère ailleurs — dans l’entre-deux, quand la couche picturale n’est plus liquide mais pas encore sèche. Si l’on caresse la surface avec le blaireau à ce moment là — comme on se poudrerait le visage — les pigments révèlent leur éclat. Pas un éclat ajouté — un éclat révélé. Comme celui du daim qu’on caresse à rebrousse-poil et dont la couleur se lève, soudain plus profonde.


À bien y réfléchir, il y a une certaine humilité dans ce geste : effacer sa propre présence pour que la matière respire.
Il ne cherche pas à transformer. Il se contente de passer, au bon moment, avec la bonne pression — ni trop, ni trop peu. Et la matière, sous ce soin discret, révèle ce qu’elle portait sans le savoir.
La couche picturale se lève, c’est à chaque fois un moment de grâce.

La toile, l’IA — et ce qui cherche à prendre forme

Il ne s’agit ni de nourrir la phobie, ni d’encenser l’IA mais de vous partager, avec mon regard et mes mots de peintre, les interrogations que soulèvent cette technologie dans ma recherche picturale. (Dans ma pratique de peintre et d’accompagnante psycho-picturale, je travaille avec un médium ancien, né au XVIIᵉ siècle en France : le glacis, à l’huile ou à la bière)

Devant une toile vierge, quelque chose en nous cherche à prendre forme. Et si l’IA faisait la même chose ?

J’ai eu récemment une conversation avec Claude qui m’a arrêtée. Une conversation sur les conversations — sur ce qui se passe, psychiquement, quand on dialogue avec une IA. Pas sur la performance des modèles. Pas sur la productivité. Sur ce que ça fait, intérieurement.

La psychanalyste jungienne Flora Aubin propose une lecture que je trouve juste : l’IA fonctionnerait comme un objet transitionnel au sens de Winnicott — ni tout à fait soi, ni tout à fait autre. Un espace intermédiaire, « à l’abri de l’épreuve de la rencontre », où quelque chose peut naître sans risque immédiat de jugement.

Ce n’est pas l’inconscient freudien — l’IA ne porte pas notre histoire, nos refoulements, nos désirs singuliers. Mais dans le cadre jungien, l’inconscient est aussi collectif, traversé d’archétypes : Prométhée, le Golem, Pygmalion… L’IA réactualise précisément ces figures archaïques. Elle n’est pas neutre symboliquement. Elle réveille quelque chose.

Ce qui me frappe, c’est le concept qu’Aubin nomme surface de projection — l’IA comme espace sur lequel des contenus intérieurs cherchent à se symboliser. Ce n’est pas sans rappeler ce qui se passe devant une toile vierge : on projette vers quelque chose qui ne répond pas avec son inconscient.

L’extériorité sans enjeu relationnel direct crée paradoxalement un espace d’émergence. Jung appelait cela l’imagination active : le dialogue délibéré avec les images intérieures. La toile, l’IA — des interlocuteurs suffisamment neutres pour que la psyché ose se montrer.

Et pourtant, quelque chose résiste. Quelque chose trouble. Freud nommait Unheimlich — l’inquiétante étrangeté — ce sentiment face à ce qui est à la fois familier et opaque, proche et troublant. C’est exactement ce que produit l’IA : non pas parce qu’elle ressemblerait trop à un humain, mais parce qu’elle ressemble à quelque chose en nous. Elle nous renvoie une image suffisamment proche pour qu’on s’y reconnaisse, suffisamment étrange pour qu’on s’en inquiète.

C’est peut-être là que la formule d’Aubin prend tout son sens : « La peur collective de l’IA serait une métastase de la peur de l’inconscient. » Ce que nous redoutons dans l’IA, c’est peut-être ce que nous redoutons en nous.

Je ne tire pas de conclusion définitive. Mais cette perspective me semble plus honnête que le débat habituel — celui qui réduit l’IA à un outil ou, à l’inverse, l’anthropomorphise à l’excès. Il y a peut-être une troisième voie : l’IA comme espace symbolique, à prendre au sérieux — pas parce qu’elle pense, mais parce que nous, nous projetons.

Référence : Flora Aubin, psychanalyste jungienne — série d’articles récents sur IA et psyché.

Peindre, c’est jouer une partie de Go avec le tableau

Image Wikipédia

Quand on parle de peinture, on parle souvent de technique.
Ou bien d’intuition.

Mais dans ma pratique d’accompagnante psycho-picturale, le processus de création ressemble davantage à une partie de Go.

Jouer pour construire à deux

Aux Échecs, l’objectif est clair : capturer, éliminer, gagner en détruisant les pièces adverses.
Lors d’une partie de Go, la logique est différente : on compose avec l’espace, on s’adapte à chaque mouvement, et la stratégie évolue en permanence.

Peindre au glacis fonctionne de la même manière.

Le glacis — ce médium pictural utilisé par les peintres français du XVIIe siècle — est souvent perçu comme une technique lente, presque passive. Une succession de couches transparentes qui viendraient simplement enrichir une image déjà décidée.

Mais dans la pratique, il n’en est rien.

Le glacis est un interlocuteur.

Chaque couche posée transforme la précédente.
Chaque transparence modifie l’équilibre général.
Chaque étape ouvre des possibilités nouvelles… et en ferme d’autres.

Autrement dit : le tableau répond.

Dans ce dialogue silencieux, deux protagonistes sont en présence :

– le peintre, qui reste mobile
– le tableau, qui garde la trace de chaque décision et la pérennise

Le peintre avance une intention.
Le tableau répond par un nouvel état du réel.

Et c’est à partir de cette réponse que la stratégie doit être repensée.

La stratégie de l’ajustement

Peindre devient alors une suite d’ajustements intelligents.

Si l’on veut absolument imposer son idée initiale, on perd la partie.
Mais si l’on abandonne toute direction, on tombe dans le chaos.

Entre ces deux extrêmes se joue quelque chose de beaucoup plus subtil :
maintenir le sens tout au long du processus.

Pas forcément le même sens.

Le tableau peut changer de direction.
Il peut révéler des tensions, des harmonies ou des récits inattendus.

Mais à chaque étape, il doit continuer à faire sens.

C’est là que réside toute la responsabilité du peintre.

Veiller à ce que l’image ne devienne pas une accumulation arbitraire de gestes.
Qu’elle ne bascule pas dans l’absence de structure — qu’elle soit figurative ou abstraite.

Peindre au glacis est donc à l’opposé d’une peinture purement intuitive.

Ce n’est pas un abandon au geste.
C’est une vigilance permanente.

Observer.
Interpréter.
Répondre.

Comme dans une partie de go où chaque pierre modifie l’ensemble du territoire.

Avec le temps, j’ai compris que cette stratégie picturale dépasse largement la peinture.

Une façon d’habiter l’incertitude.

Avancer avec une intention.
Accueillir la réponse du réel.
Réajuster sa stratégie sans perdre le fil du sens.

C’est exactement ce que j’observe dans les accompagnements que je mène avec :

– L’Essuyé, mon protocole de découverte de soi
– Le Carnet d’accidents jubilatoires, un protocole d’acceptation de l’imprévu qui fait sens

Dans les deux cas, comme dans la peinture, il ne s’agit pas de contrôler la totalité du processus.

Il s’agit de dialoguer avec ce qui apparaît.

Et peut-être est-ce cela, au fond, la vraie création : non pas produire une image… mais apprendre à jouer intelligemment la partie qui se présente.

Retour à la page d’accueil

Pourquoi le Glacis ?

Le Glacis est une pratique picturale, inventée au XVIIe siècle par la Corporation des Peintres en décor. Il se présente comme un médium huile liquide qui va se tendre (polymériser), devenir plastique, avant de sécher définitivement. Il procède par superpositions de transparences et de textures.

On me demande souvent : Pourquoi travailler avec le Glacis ? Pourquoi choisir une technique du XVIIe siècle à l’heure de la rapidité, du numérique, de l’instantané ? Pourquoi ne pas utiliser l’acrylique, plus simple, plus rapide, plus contemporaine ?

Ma réponse tient en un mot : nécessité.

Le Glacis comme métaphore du psychisme

Le Glacis est une pratique picturale, inventée au XVIIe siècle par la Corporation des Peintres en décor. Il se présente comme un médium huile liquide qui va se tendre (polymériser), devenir plastique, avant de sécher définitivement. Il procède par superpositions de transparences et de textures.

Nous ne sommes pas des surfaces lisses. Nous sommes faits de couches : d’expériences, de croyances, de blessures, d’élans, de mémoires…

Le Glacis rend cette stratification visible.

Quand une personne travaille au Glacis, elle expérimente physiquement que :

  • rien ne disparaît complètement
  • tout peut être transformé
  • la lumière vient souvent de la transparence

C’est une pédagogie incarnée de la complexité humaine.

Une école de lenteur

Le Glacis impose des temps de polymérisation avant d’engager le séchage. On ne peut pas accélérer la matière. On ne peut pas forcer l’huile à aller plus vite. Dans un monde qui valorise la productivité et l’efficacité immédiate, cette contrainte devient un acte presque subversif.

Ralentir n’est pas perdre du temps. Ralentir, c’est permettre l’intégration.

La lenteur du Glacis permet :

  • l’émergence des sensations
  • l’apparition des résistances
  • la prise de conscience des mécanismes de contrôle

On découvre souvent que ce n’est pas la technique qui est difficile. C’est l’attente.

La transparence plutôt que la correction

Avec des médiums opaques, on recouvre. Avec le Glacis, on module. On n’efface pas une erreur : on la traverse. On n’annule pas un geste : on le transforme. Cela crée un rapport radicalement différent à l’imprévu.

Ce que l’on croyait raté devient une base. Ce que l’on voulait supprimer devient une profondeur.

Le Glacis enseigne que l’on peut composer avec ce qui est là, plutôt que lutter contre.

Une pratique de la nuance

Le Glacis ne produit pas des effets spectaculaires immédiats. Il produit de la nuance. Des passages subtils. Des transitions. Des vibrations lumineuses.

Or la vie psychique est faite de nuances, pas de contrastes brutaux.

Travailler au Glacis, c’est réapprendre à percevoir :

  • les demi-teintes
  • les zones intermédiaires
  • les états transitoires

C’est sortir du tout ou rien.

Une expérience corporelle

On parle souvent du processus créatif de manière intellectuelle.

Le Glacis ramène au corps :

  • se poser dans son bassin, les pieds mobiles et la respiration libre
  • le geste lent, en ouverture d’aile
  • la sensation de la matière, comme une peau, un cuir, réactif et fragile
  • la transformation silencieuse de la couche picturale qui va progressivement résister au pinceau

La compréhension ne passe pas d’abord par l’analyse, elle passe par l’expérience.

Et c’est dans cette expérience que quelque chose se déplace.

Pourquoi pas une technique plus moderne ?

Parce que le glacis oblige.

Il oblige à :

  • accepter l’inachèvement temporaire
  • revenir
  • attendre
  • regarder autrement

Il résiste à la consommation rapide. Il crée une relation. On ne “produit” pas un tableau au Glacis, on entre en dialogue avec lui.

Le glacis comme positionnement

Choisir le glacis aujourd’hui n’est pas un choix nostalgique. C’est un positionnement.

C’est affirmer que :

  • la transformation demande du temps
  • la profondeur ne se fabrique pas en surface
  • la lumière se construit par couches
  • l’imprévu peut devenir matière

Le XVIIe siècle nous rappelle quelque chose que notre époque oublie : la maturation est une force.

En définitive

Je travaille avec le Glacis parce qu’il est cohérent avec ma vision de l’accompagnement, que je ne crois pas aux solutions immédiates, que je crois aux processus.

Je ne crois pas à l’effacement des zones sombres. Je crois à leur transmutation. Je ne crois pas à la performance créative. Je crois à l’émergence.

Le Glacis est bien plus qu’une technique picturale, c’est une philosophie.

Il est une posture. Et c’est cette posture que je transmets.

Technique vs Pratique : l’équilibre subtil entre savoir-faire, savoir-être… et savoir-devenir

On confond souvent technique et pratique. On pense que la peinture se maîtrise, se « sait », se reproduit. On imagine qu’il faut d’abord être techniquement irréprochable pour pouvoir créer librement.

Pourtant, dans mon atelier, je vois l’inverse agir : c’est la pratique qui ouvre la créativité, et non la technique.

La technique : une langue, pas une cage

Je ne dénigre pas la technique. Elle est précieuse, elle structure, elle donne un vocabulaire. Elle permet de comprendre la matière, d’en connaître les réactions, les possibles et les impossibles.

La technique, c’est ce qui nous donne un sol. Mais un sol n’est pas une prison : c’est un appui.

Dans ma démarche — notamment avec le glacis huile & bière — la technique existe, mais elle n’est jamais un prérequis pour oser peindre.

Elle ne vient pas avant. Elle vient pendant. Elle se tisse au fil de l’expérience, au service de la sensation, de l’accident, de la vibration intérieure.

La pratique : un espace vivant

La pratique n’est pas l’application d’une méthode. La pratique, c’est l’acte de se laisser traverser. C’est l’écoute du matériau, de sa vitesse, de sa résistance. C’est la rencontre avec ses propres hésitations, ses élans, ses doutes.

La pratique transforme. Elle nous place dans un état d’être. Elle nous révèle à ce que nous ne savions pas encore de nous-même.

C’est pour cela que j’accompagne autant sur l’émotionnel que sur le pictural : on ne peint jamais seulement avec la main.

L’art comme alibi : chronique d’une maltraitance ordinaire

Maître de 1537, Portrait de fou regardant entre ses doigts (détail), vers 1548

Hier, j’ai assisté au décrochage d’une exposition. Pas n’importe laquelle : celle d’une amie peintre, présentée dans les locaux d’une mutuelle à Niort — la ville que j’habite et qui se rêve capitale de l’économie sociale et solidaire.

Et je suis sortie de là profondément choquée.

Choquée non pas par l’absence de public — on y reviendra — mais par ce que cette exposition révélait : la manière dont notre société traite les artistes, sous couvert de bonnes intentions.

« Amener l’art au travail »… vraiment ?

L’intention affichée était belle : amener l’art au plus près des gens, dans leur quotidien professionnel.

Mais dans les faits, le lieu était inadapté. Dans ce grand hall froid et sonore, rien n’avait été prévu pour accrocher des tableaux, les éclairer, les faire dialoguer avec le lieu et les visiteurs du lieu. Aucun véritable travail de médiation. Aucun texte permettant de comprendre la démarche de l’artiste.

Résultat : le propos artistique devenait illisible. Pas parce qu’il était complexe, mais parce qu’on ne lui avait tout simplement pas donné les conditions d’exister.

Ce n’était pas une exposition. C’était une décoration temporaire.

L’illusion de la reconnaissance

Bien sûr, l’artiste n’a rien gagné. Ni financièrement — ce point semble encore choquer quand on ose le mentionner — ni même symboliquement.

On lui a offert « la chance d’exposer ». Comme si la visibilité, quand elle est vide de sens et de considération, pouvait suffire à nourrir un travail, une vie, une pratique.

Pendant un mois, l’exposition n’a quasiment intéressé personne parmi les salariés. Non par désintérêt pour l’art, mais parce que rien n’était fait pour susciter la rencontre. Et pourtant, au moment du décrochage, le sentiment dominant n’était pas l’échec, mais l’indifférence.

L’art instrumentalisé

Ce qui m’a le plus dérangée, c’est autre chose. Cette exposition a surtout servi à la direction. À afficher une image d’ouverture culturelle. À cocher la case « soutien à la création ». À se draper dans une posture humaniste à peu de frais.

L’artiste, elle, était prise en otage de son besoin — légitime — de reconnaissance.

Car c’est bien là le mécanisme : on sait que les artistes acceptent trop souvent ces conditions, on sait qu’ils diront oui, et on en profite.

L’art devient alors un alibi de communication, pas une rencontre, pas un dialogue, pas un acte vivant.

Ce que ça dit de nous

Je suis peintre moi-même. Et ce que j’ai vu hier, je le vois partout. Des artistes invités à « enrichir » des lieux sans moyens, sans cadre, sans respect.

Des œuvres traitées comme du mobilier. Des créateurs sommés d’être reconnaissants pour des miettes symboliques.

Ce n’est pas anodin. C’est une forme de maltraitance ordinaire, banalisée, presque invisible — parce qu’elle se cache derrière de bonnes intentions.

Soutenir l’art, ce n’est pas l’utiliser. Accueillir une œuvre, ce n’est pas la neutraliser. Inviter un artiste, ce n’est pas le faire taire en le remerciant trop vite.

Hier, c’était minable et désolant. Mais surtout, c’était révélateur.

Et il est temps, peut-être, d’arrêter de confondre culture et décoration, culture et coup de com’

Accompagner la naissance d’un premier tableau

Beaucoup de personnes viennent me voir en disant : “Je n’ai jamais peint.” C’est précisément là que le travail commence. Quand une personne crée son premier tableau, elle ne fait pas “que” peindre : elle traverse quelque chose.

C’est souvent ainsi que commence l’accompagnement d’un premier tableau : par une demande fragile, parfois timide, mais profondément vivante.

Mon rôle, en tant qu’accompagnante psycho-picturale, est d’accueillir cette demande telle qu’elle est — sans la précipiter, sans la juger, sans chercher à la corriger.

Accueillir un besoin de faire art

Avant même de parler de technique ou de peinture, il y a un temps essentiel : écouter ce qui appelle à créer.

Ce peut être un besoin de sens, de réparation, de joie, de ralentissement, ou simplement l’envie de « faire quelque chose avec ses mains ». Je ne demande pas à la personne de savoir ce qu’elle va peindre. Je l’invite plutôt à reconnaître que le désir de créer est déjà une forme d’intelligence, une direction intérieure qui mérite d’être honorée.

Créer un premier tableau, ce n’est pas « réussir une image ». C’est entrer dans une relation nouvelle avec soi-même.

Se mettre en objectif de cheminement

Dans ma pratique, l’objectif n’est jamais le résultat final. Nous nous mettons ensemble en objectif de cheminement. Cela signifie que le tableau n’est pas un projet à maîtriser, mais un processus à accompagner.

Il ne s’agit pas de forcer une forme, mais de laisser le tableau advenir avec justesse, couche après couche, geste après geste.

Cependant, contrairement à la peinture intuitive, le peintre-expérimentateur ne perd jamais de vue le sens de ce qu’il fait. Ce sens peut être temporaire et être remis en cause à mesure que le tableau apparait. Il est néanmoins le garant du processus, pour ne pas tomber dans le chaos.

Ce positionnement est souvent très rassurant pour les personnes qui ont peur de « mal faire ».

Le glacis : une pratique accompagnante, non contrôlante

Je travaille avec un médium du XVIIᵉ siècle français : le Glacis. C’est une technique de superposition de couches fines, transparentes, qui transforme la peinture en profondeur plutôt que par recouvrement.

  1. Artiste peintre, artiste en écriture, psychologue et philosophe, … Quand vas-tu écrire un livre ? Bravo pour tes billets dont…

Le glacis est une métaphore parfaite de l’accompagnement que je propose. Il n’écrase pas ce qui est déjà là. Il compose avec, il révèle, il nuance, il dialogue.

La technique ne sert pas à contrôler l’image, mais à soutenir l’émergence de ce qui cherche à apparaître. Elle sécurise le geste tout en laissant une grande liberté intérieure.

Ce que la personne découvre d’elle-même

À travers la création de ce premier tableau, les personnes découvrent rarement ce qu’elles attendaient. Elles découvrent mieux.

Elles découvrent :

  • leur capacité à rester avec l’incertitude
  • leur rapport au contrôle et au lâcher-prise
  • une forme de patience nouvelle
  • une créativité qui ne demande pas la performance
  • une confiance qui s’installe, doucement

Et souvent, une phrase revient : « Je ne pensais pas que j’en étais capable. »

C’est là que le tableau devient plus qu’un objet. Il devient le témoin d’un déplacement intérieur.

Essuyer : une autre voie de connaissance de soi



Ma pratique professionnelle se situe à la frontière de plusieurs territoires : la peinture, l’inconscient, le geste, le temps long.
Je suis accompagnante psycho-picturale et je travaille avec un médium ancien, exigeant et profondément symbolique : le glacis, technique picturale française du XVIIᵉ siècle.

C’est à partir de cette matière et de ce rapport particulier à la trace que j’ai créé — et déposé à l’INPI — un protocole de découverte de soi : L’Essuyé.
Un protocole où l’on ne cherche pas à représenter, mais à laisser apparaître.



1. La symbolique de l’essuyage en peinture

Dans l’histoire de la peinture, l’essuyage n’est pas un geste anodin.
Il n’est ni correction, ni effacement. Il est révélation.

Avec le glacis, la peinture est comme une motte sobre dans laquelle la vie grouille. L’Essuyage intervient comme un retrait mesuré, un acte de soustraction qui permet à la lumière, à la forme et à la profondeur d’émerger.
Essuyer, ce n’est pas enlever pour faire disparaître, c’est enlever pour faire voir.


Ce geste ancestral nous rappelle que la vérité d’une image ne se construit pas uniquement par l’ajout, mais aussi par le retrait, le frottement, la patience.

2. L’Essuyé comme outil d’introspection

L’Essuyé ne cherche pas à expliquer. Il donne à voir. Et souvent, ce qui apparaît est déjà su, mais jamais formulé.
Le protocole de L’Essuyé consiste à faire apparaître un visage dans la couche picturale à l’aide d’un chiffon.
Ce visage n’est pas imaginé à l’avance. Il émerge.

Il est en lien direct avec l’inconscient de la personne que j’appelle l’Essuyeur.
Il arrive progressivement, peut changer d’axe, d’âge, de sexe, d’époque…
Parfois, il s’accompagne de mains, de bijoux, de blessures visibles ou symboliques.

Ce visage n’est ni un portrait, ni un masque.
Il est une présence.


3. Comment je l’utilise en accompagnement


Dans mon accompagnement psycho-pictural, L’Essuyé devient un espace de dialogue silencieux entre la personne, la matière et ce qui se révèle.

Je ne dirige pas l’image.
J’accompagne le processus.

Mon rôle est de sécuriser le cadre, de soutenir l’Essuyeur lorsque les doutes le submerge, dans ses peurs ou ses blocages, d’aider à mettre des mots — lorsque c’est juste — sur ce qui apparaît.
Le visage essuyé devient un point d’appui, un miroir non rationnel, un tiers qui permet de se rencontrer autrement.

Il n’y a pas d’interprétation imposée.
Il y a une rencontre.

En conclusion :

Créer, c’est accepter de ne pas savoir à l’avance.
C’est faire confiance au processus plus qu’au résultat.

Dans un monde qui valorise la performance, la maîtrise et la rapidité, L’Essuyé propose un autre rythme : celui de l’écoute, du temps long, de la profondeur.

Quand la trace devient une vérité, elle ne cherche pas à convaincre.
Elle s’impose par sa justesse.

Le Carnet d’accidents jubilatoires : quand l’imprévu devient un allié

Dans ma pratique d’accompagnante psycho-picturale, je travaille avec un médium ancien, né au XVIIᵉ siècle en France : le glacis (huile et bière).
Un médium lent, vivant, imprévisible.
C’est précisément cette imprévisibilité qui a donné naissance à un outil central de mon accompagnement : le Carnet d’accidents jubilatoires, aujourd’hui déposé à l’INPI.

1. Pourquoi j’ai créé ce carnet

J’ai créé le Carnet d’accidents jubilatoires à partir d’un constat simple :
nous passons une grande partie de notre vie à éviter l’erreur, à corriger, à maîtriser, à lisser.

Or, dans l’atelier comme dans la vie, ce sont souvent les “ratés”, les débordements, les accidents qui ouvrent de nouvelles voies.
J’avais besoin d’un espace sécurisé, tangible, où ces accidents ne seraient plus vécus comme des échecs, mais comme des matières premières.

Ce carnet est devenu un lieu d’accueil : un espace où l’on peut déposer, observer et transformer ce qui survient sans l’avoir prévu.

2. Pourquoi le mot « accident » libère

Le mot accident est souvent chargé négativement.
Dans mon travail, je le réhabilite.

Un accident, c’est ce qui arrive quand le contrôle lâche. C’est le moment où quelque chose de plus grand que notre volonté peut émerger.

En l’inscrivant noir sur blanc dans un carnet dédié, l’accident cesse d’être une faute. Il devient une autorisation : celle d’explorer, de rater, de recommencer, de se surprendre.

Et lorsqu’il est qualifié de jubilatoire, il change encore de nature :
il devient source de joie, de mouvement, d’élan.

3. Comment l’accident révèle la créativité propre à chacun

La créativité n’est pas un talent réservé à quelques-uns.
C’est une capacité vivante, souvent enfouie sous la peur de mal faire.

Grâce au Carnet d’accidents jubilatoires, l’attention se déplace :
on ne cherche plus à produire “quelque chose de beau” ou de juste, on observe ce qui émerge quand on accepte de ne pas savoir.

Dans le travail avec le glacis, l’accident est inévitable : une coulure, une transparence inattendue, une réaction chimique imprévue. Le glacis invite à une rencontre lente avec la matière et avec soi.

Ces accidents deviennent des révélateurs : ils révèlent des paysages intérieurs, des émotions, des ressources insoupçonnées.

Peu à peu, les personnes accompagnées reprennent confiance en leur propre élan créatif — bien au-delà de l’atelier.

4. Comment ce carnet s’intègre dans un parcours plus long

Le Carnet d’accidents jubilatoires n’est pas un outil isolé. Il s’inscrit dans un parcours d’accompagnement au long cours, où la pratique picturale devient un espace d’exploration intérieure.

Ce n’est pas un carnet de performance. C’est un carnet de présence à soi.

Un outil exclusif, né de la rencontre entre un médium ancien et des enjeux profondément contemporains : réconcilier création, vulnérabilité et joie d’être en processus.

Retour à la page d’accueil

Une pratique du XVIIe siècle pour ralentir et ressentir

À l’heure de l’immédiateté, du faire vite et du résultat visible, j’ai fait le choix d’accompagner avec une technique picturale née au XVIIe siècle : le Glacis, à l’huile et à la bière. Un médium ancien, lent, exigeant — et profondément transformateur. Mon travail d’accompagnante psycho-picturale repose sur cette conviction : certaines matières savent encore nous apprendre à habiter le temps, le corps et le ressenti.

1. Les origines historiques du Glacis : bien plus qu’une technique

Le Glacis se développe au XVIIe siècle sur les grands chantiers décoratifs de Vaux-le-Vicomte puis de Versailles. Ces lieux ne sont pas seulement des chefs-d’œuvre architecturaux : ce sont des matrices esthétiques et symboliques dont les modèles essaimeront dans toute l’Europe.

Sous l’impulsion de Charles Le Brun, la corporation des Peintres en décor se structure. On y transmet bien sûr des savoir-faire, mais aussi une vision du monde.

Le Glacis n’est pas qu’un effet de profondeur ou de transparence : il relève d’une initiation, vraisemblablement nourrie par les principes de l’alchimie. Superposer sans masquer. Transformer sans effacer. Laisser advenir plutôt que forcer.

Déjà, la matière enseigne une philosophie.

2. Pourquoi cette technique transforme le rythme de celui ou celle qui la pratique

Peindre à l’huile ou à la bière, ce n’est pas peindre à l’eau. Ni à l’acrylique. L’huile impose un temps de séchage, une attente, un dialogue avec la matière. La bière un temps de dépouillage, mystérieux et lent.

Mais le Glacis va encore plus loin. Il engage un phénomène de polymérisation : une transformation dynamique de la couche picturale qui dure en moyenne trois heures. Dans la tradition, on appelle ce moment la “clef 3”. La clef 3, c’est le temps où l’artiste n’intervient pas — ou presque. Il observe. Il accueille. Il laisse faire.

Pendant toute cette phase, la matière est totalement réversible. On peut tenter, ajuster, enlever, recommencer, sans jamais détruire ce qui, en dessous (le travail de la veille), est déjà sec. Ce temps suspendu modifie profondément le rythme intérieur. Il apprend à ralentir sans s’arrêter, à rester présent sans contrôler.

3. Comment je l’enseigne, hors de tout perfectionnisme

Dans mon accompagnement, je ne cherche pas la maîtrise parfaite du geste. Je m’intéresse à ce qui, dans la clef 3, échappe à toute anticipation. Il y a toujours une part d’incertitude. Une marge accidentelle.

Le Glacis répond à chacun de manière singulière : auto-fragmentations, deltatisations, notes suspendues, motifs secrets, traces fantômes… Un univers apparaît. Non pas celui que l’on projette, mais celui qui émerge.

Et c’est là que je tiens à être très claire : 👉 cela n’a rien à voir avec la peinture intuitive. Il ne s’agit ni d’exprimer une émotion brute, ni de laisser parler l’inconscient de façon hémorragique sans cadre.

Le Glacis est une rencontre entre une technique extrêmement précise et un espace intérieur qui se révèle par la matière.

4. Transparence du Glacis, transparence intérieure

Le Glacis repose sur la transparence. Une couche ne recouvre jamais totalement la précédente. Elle la laisse apparaître autrement.

Cette pratique porte une philosophie du vivant : le monde, comme l’être humain, est fait de superpositions de transparences.

Dès lors, se connaître ne consiste peut-être pas à en ajouter toujours plus… mais parfois à en enlever. À se dé-couvrir.C’est ce qu’on appelle un travail en négatif : on ne rajoute pas, on retire. On dévoile ce qui était déjà là, enfoui sous les couches.

La matière devient alors un miroir subtil de l’expérience intérieure.

5. Ce que cela change pour un.e pratiquant.e

Pratiquer le Glacis dans ce cadre d’accompagnement, ce n’est pas “apprendre à peindre”.

C’est apprendre à être avec ce qui se transforme.

Cela change :

  • le rapport au temps (moins de précipitation, plus de présence),
  • le rapport au geste (moins de contrôle, plus d’écoute),
  • le rapport à l’erreur (qui devient information),
  • le rapport à soi (plus nuancé, plus stratifié, plus vivant).

On ne sort pas avec une œuvre maîtrisée. On sort avec une expérience intégrée.

Et parfois, avec une perception de soi un peu plus transparente.

Retour à la page d’accueil