Atelier portes ouvertes : ni musée, ni galerie

Vous êtes déjà entré dans l’atelier d’un peintre un peu gênés, un peu intimidés ? Lors des deux journées portes ouvertes de mon atelier le week-end dernier, j’ai eu des visiteurs comme ça. Et c’est avec eux finalement que la conversation est allée le plus loin.

Portes ouvertes atelier artiste Niort — grands formats, petits formats et ailes de bélier, Blandine Mulliez Boîte de Blan

Les portes ouvertes d’un atelier d’artiste sont une proposition étrange. Pas un musée. Pas une galerie. Un espace où l’art est à portée de main — où l’on peut, enfin, le toucher avec ses doigts.

Ailleurs, ce geste est interdit. À force, les gens ont appris à se retenir et parfois même en ont peur. Alors quand l’invitation est là, quelque chose se passe : une quête silencieuse. Ce que le bout des doigts cherche, au-delà de la surface, c’est son histoire, ses traces. Alors un autre sens regarde.

Ce week-end de portes ouvertes d’atelier, il y avait, bien sûr, mes derniers grands tableaux, quelques petits formats et des informations sur mes propositions d’accompagnement. Mais surtout, c’était l’occasion, pas si courante peut-être au quotidien, de parler d’Art. D’en parler sans complexe, sans forfanterie, d’en parler d’où on le voit, d’où il nous parle, de parler de l’Art pour mieux parler de soi. Ces échanges-là ne se font ni devant la vitrine d’un musée, ni devant un écran. Pour qu’ils puissent avoir lieu, il faut se rencontrer, celui qui regarde, le tableau et celui qui l’a peint, dans ce lieu qui ne ressemble à aucun autre : l’atelier.

Portes ouvertes d’atelier artiste : des rencontres qui ne s’anticipent pas

Parmi les visiteurs, et les très belles rencontres de ces deux jours, un couple est venu, en voisins, sans doute par gentillesse — sans vraiment avoir d’attente vis-à-vis de ce qu’ils allaient trouver. L’homme a commencé par être surpris par mes ailes pour humains. Je lui ai dit que si l’idée ne faisait pas écho en lui, c’était sans doute parce qu’il n’en avait fondamentalement pas besoin. Nous avons poursuivi notre discussion sur l’intérêt du dialogue entre mes deux glacis (huile et bière), la philosophie qui en découle et qui irrigue tout mon travail… Et puis nous sommes passés dans la pièce d’à côté, où j’avais aménagé une sorte de salle d’expo. S’y trouvait accrochée, notamment, ma dernière paire d’ailes — des ailes de bélier. En les découvrant, maintenant qu’il avait les clefs pour en saisir l’essence, il s’est tu. Et j’ai vu quelque chose se passer : une connivence naître entre le tableau et celui qui se regardait, le début d’une intime re-connaissance. Mon visiteur et sa femme sont repartis songeurs, je crois.

Ce genre de rencontre, on ne l’anticipe pas. On la reçoit. C’est pour ça qu’il faut ouvrir l’atelier.

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