À l’heure de l’immédiateté, du faire vite et du résultat visible, j’ai fait le choix d’accompagner avec une technique picturale née au XVIIe siècle : le Glacis, à l’huile et à la bière. Un médium ancien, lent, exigeant — et profondément transformateur. Mon travail d’accompagnante psycho-picturale repose sur cette conviction : certaines matières savent encore nous apprendre à habiter le temps, le corps et le ressenti.

1. Les origines historiques du Glacis : bien plus qu’une technique
Le Glacis se développe au XVIIe siècle sur les grands chantiers décoratifs de Vaux-le-Vicomte puis de Versailles. Ces lieux ne sont pas seulement des chefs-d’œuvre architecturaux : ce sont des matrices esthétiques et symboliques dont les modèles essaimeront dans toute l’Europe.
Sous l’impulsion de Charles Le Brun, la corporation des Peintres en décor se structure. On y transmet bien sûr des savoir-faire, mais aussi une vision du monde.
Le Glacis n’est pas qu’un effet de profondeur ou de transparence : il relève d’une initiation, vraisemblablement nourrie par les principes de l’alchimie. Superposer sans masquer. Transformer sans effacer. Laisser advenir plutôt que forcer.
Déjà, la matière enseigne une philosophie.
2. Pourquoi cette technique transforme le rythme de celui ou celle qui la pratique
Peindre à l’huile ou à la bière, ce n’est pas peindre à l’eau. Ni à l’acrylique. L’huile impose un temps de séchage, une attente, un dialogue avec la matière. La bière un temps de dépouillage, mystérieux et lent.
Mais le Glacis va encore plus loin. Il engage un phénomène de polymérisation : une transformation dynamique de la couche picturale qui dure en moyenne trois heures. Dans la tradition, on appelle ce moment la “clef 3”. La clef 3, c’est le temps où l’artiste n’intervient pas — ou presque. Il observe. Il accueille. Il laisse faire.
Pendant toute cette phase, la matière est totalement réversible. On peut tenter, ajuster, enlever, recommencer, sans jamais détruire ce qui, en dessous (le travail de la veille), est déjà sec. Ce temps suspendu modifie profondément le rythme intérieur. Il apprend à ralentir sans s’arrêter, à rester présent sans contrôler.
3. Comment je l’enseigne, hors de tout perfectionnisme
Dans mon accompagnement, je ne cherche pas la maîtrise parfaite du geste. Je m’intéresse à ce qui, dans la clef 3, échappe à toute anticipation. Il y a toujours une part d’incertitude. Une marge accidentelle.
Le Glacis répond à chacun de manière singulière : auto-fragmentations, deltatisations, notes suspendues, motifs secrets, traces fantômes… Un univers apparaît. Non pas celui que l’on projette, mais celui qui émerge.
Et c’est là que je tiens à être très claire : 👉 cela n’a rien à voir avec la peinture intuitive. Il ne s’agit ni d’exprimer une émotion brute, ni de laisser parler l’inconscient de façon hémorragique sans cadre.
Le Glacis est une rencontre entre une technique extrêmement précise et un espace intérieur qui se révèle par la matière.
4. Transparence du Glacis, transparence intérieure
Le Glacis repose sur la transparence. Une couche ne recouvre jamais totalement la précédente. Elle la laisse apparaître autrement.
Cette pratique porte une philosophie du vivant : le monde, comme l’être humain, est fait de superpositions de transparences.
Dès lors, se connaître ne consiste peut-être pas à en ajouter toujours plus… mais parfois à en enlever. À se dé-couvrir.C’est ce qu’on appelle un travail en négatif : on ne rajoute pas, on retire. On dévoile ce qui était déjà là, enfoui sous les couches.
La matière devient alors un miroir subtil de l’expérience intérieure.
5. Ce que cela change pour un.e pratiquant.e
Pratiquer le Glacis dans ce cadre d’accompagnement, ce n’est pas “apprendre à peindre”.
C’est apprendre à être avec ce qui se transforme.
Cela change :
- le rapport au temps (moins de précipitation, plus de présence),
- le rapport au geste (moins de contrôle, plus d’écoute),
- le rapport à l’erreur (qui devient information),
- le rapport à soi (plus nuancé, plus stratifié, plus vivant).
On ne sort pas avec une œuvre maîtrisée. On sort avec une expérience intégrée.
Et parfois, avec une perception de soi un peu plus transparente.

Depuis quelques années, les publications sur l’alchimie se multiplient. C’est réjouissant, car cette discipline longtemps délaissée retrouve enfin le lumière à un moment où notre monde en manque cruellement. Mais c’est aussi préoccupant : à force d’être simplifiée ou détournée, elle risque de devenir une mode de plus, un ensemble de croyances plus ou moins floues, transformées en produit marketing. Voici donc mon point de vue sur cette pratique à la fois philosophique et expérimentale qui, malgré les caricatures et un folklore parfois envahissant, demeure une des sources majeures de la culture occidentale.






Sauf que malgré le blé planté dans la couche pictural, à son grand désespoir, le champ n’avait pas poussé. Et que derrière ce constat, une montagne de frustration, une souffrance à peine avouable, risquait de faire jaillir un torrent de larmes. Pas de champ de blé : malgré tout son amour, son élan généreux et son désir immense. Le peintre est un sorcier. Il possède les recettes magiques pour faire d’un désir un objet qui existe : le tableau. Mais l’apprentissage de cette sorcellerie connait bien des embuches. Le glacis, potion magique par excellence, bien qu’il ne soit pas l’unique solution à cette intéressante recherche, propose de formidables pistes. Car, outre sa marge accidentelle, qui nous oblige au delà de notre volonté à voir véritablement ce qui se cache sous nos désirs, il permet le travail en négatif. Le travail en négatif, c’est l’art de peindre sans peinture. Certaines brosses ne trempent d’ailleurs jamais leurs poils dans le glacis ou dans la palette (voir l’article sur













