
Le Glacis est une pratique picturale, inventée au XVIIe siècle par la Corporation des Peintres en décor. Il se présente comme un médium huile liquide qui va se tendre (polymériser), devenir plastique, avant de sécher définitivement. Il procède par superpositions de transparences et de textures.
On me demande souvent : Pourquoi travailler avec le Glacis ? Pourquoi choisir une technique du XVIIe siècle à l’heure de la rapidité, du numérique, de l’instantané ? Pourquoi ne pas utiliser l’acrylique, plus simple, plus rapide, plus contemporaine ?
Ma réponse tient en un mot : nécessité.
Le Glacis comme métaphore du psychisme
Le Glacis est une pratique picturale, inventée au XVIIe siècle par la Corporation des Peintres en décor. Il se présente comme un médium huile liquide qui va se tendre (polymériser), devenir plastique, avant de sécher définitivement. Il procède par superpositions de transparences et de textures.
Nous ne sommes pas des surfaces lisses. Nous sommes faits de couches : d’expériences, de croyances, de blessures, d’élans, de mémoires…
Le Glacis rend cette stratification visible.
Quand une personne travaille au Glacis, elle expérimente physiquement que :
- rien ne disparaît complètement
- tout peut être transformé
- la lumière vient souvent de la transparence
C’est une pédagogie incarnée de la complexité humaine.
Une école de lenteur
Le Glacis impose des temps de polymérisation avant d’engager le séchage. On ne peut pas accélérer la matière. On ne peut pas forcer l’huile à aller plus vite. Dans un monde qui valorise la productivité et l’efficacité immédiate, cette contrainte devient un acte presque subversif.
Ralentir n’est pas perdre du temps. Ralentir, c’est permettre l’intégration.
La lenteur du Glacis permet :
- l’émergence des sensations
- l’apparition des résistances
- la prise de conscience des mécanismes de contrôle
On découvre souvent que ce n’est pas la technique qui est difficile. C’est l’attente.
La transparence plutôt que la correction
Avec des médiums opaques, on recouvre. Avec le Glacis, on module. On n’efface pas une erreur : on la traverse. On n’annule pas un geste : on le transforme. Cela crée un rapport radicalement différent à l’imprévu.
Ce que l’on croyait raté devient une base. Ce que l’on voulait supprimer devient une profondeur.
Le Glacis enseigne que l’on peut composer avec ce qui est là, plutôt que lutter contre.
Une pratique de la nuance
Le Glacis ne produit pas des effets spectaculaires immédiats. Il produit de la nuance. Des passages subtils. Des transitions. Des vibrations lumineuses.
Or la vie psychique est faite de nuances, pas de contrastes brutaux.
Travailler au Glacis, c’est réapprendre à percevoir :
- les demi-teintes
- les zones intermédiaires
- les états transitoires
C’est sortir du tout ou rien.
Une expérience corporelle
On parle souvent du processus créatif de manière intellectuelle.
Le Glacis ramène au corps :
- se poser dans son bassin, les pieds mobiles et la respiration libre
- le geste lent, en ouverture d’aile
- la sensation de la matière, comme une peau, un cuir, réactif et fragile
- la transformation silencieuse de la couche picturale qui va progressivement résister au pinceau
La compréhension ne passe pas d’abord par l’analyse, elle passe par l’expérience.
Et c’est dans cette expérience que quelque chose se déplace.
Pourquoi pas une technique plus moderne ?
Parce que le glacis oblige.
Il oblige à :
- accepter l’inachèvement temporaire
- revenir
- attendre
- regarder autrement
Il résiste à la consommation rapide. Il crée une relation. On ne “produit” pas un tableau au Glacis, on entre en dialogue avec lui.
Le glacis comme positionnement
Choisir le glacis aujourd’hui n’est pas un choix nostalgique. C’est un positionnement.
C’est affirmer que :
- la transformation demande du temps
- la profondeur ne se fabrique pas en surface
- la lumière se construit par couches
- l’imprévu peut devenir matière
Le XVIIe siècle nous rappelle quelque chose que notre époque oublie : la maturation est une force.
En définitive
Je travaille avec le Glacis parce qu’il est cohérent avec ma vision de l’accompagnement, que je ne crois pas aux solutions immédiates, que je crois aux processus.
Je ne crois pas à l’effacement des zones sombres. Je crois à leur transmutation. Je ne crois pas à la performance créative. Je crois à l’émergence.
Le Glacis est bien plus qu’une technique picturale, c’est une philosophie.
Il est une posture. Et c’est cette posture que je transmets.







Depuis quelques années, les publications sur l’alchimie se multiplient. C’est réjouissant, car cette discipline longtemps délaissée retrouve enfin le lumière à un moment où notre monde en manque cruellement. Mais c’est aussi préoccupant : à force d’être simplifiée ou détournée, elle risque de devenir une mode de plus, un ensemble de croyances plus ou moins floues, transformées en produit marketing. Voici donc mon point de vue sur cette pratique à la fois philosophique et expérimentale qui, malgré les caricatures et un folklore parfois envahissant, demeure une des sources majeures de la culture occidentale.




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