Les Traversées silencieuses

Ce n’est que récemment que j’ai réalisé qu’une grande partie de mes tableaux pouvait se regrouper sous ce titre. Une récurrence inconsciente de peinture figurative — des pieds nus qui traversent — traversant mon travail sur des années sans que je l’aie jamais décidé.

Tout a commencé par un choc émotionnel devant une sculpture au Louvre — la Sainte Marie-Madeleine de Gregor Erhart, une femme nue, en marche, vêtue de ses seuls cheveux. Quelque chose s’est ouvert. J’ai commencé à peindre des pieds nus. Que des pieds. Des pieds qui avancent, qui traversent la surface picturale — paysages, espaces indéfinis, matières brutes. Cette peinture figurative, pieds nus sur la toile, est devenue une obsession tranquille.

En 2008, ma dernière exposition à la Galerie Myriam H. s’appelait « Un pas de plus ». C’était la première fois que j’exposais ce motif — un travail sur le déséquilibre de la marche, ce moment suspendu où l’on bascule en avant sans encore avoir posé le pied. De grands formats sur kraft, fragiles, presque éphémères.

Depuis, ces personnages dont on ne voit que les pieds continuent d’apparaître dans mon travail. Sur toile, médium, kraft ou papier marouflé, le plus souvent en grands formats. Ils traversent, avancent, ne regardent pas en arrière

Ce n’est que le regard rétrospectif qui m’a permis de reconnaître cette série pour ce qu’elle est : une méditation silencieuse sur le mouvement, le passage, et ce que signifie avancer.

La surface picturale devient un espace de transition, ni tout à fait paysage, ni tout à fait abstraction. Ce qui compte, c’est ce moment suspendu entre deux appuis — poser un pied devant l’autre quand on ne sait pas encore où l’on va.