
Ils sont arrivés accidentellement dans mon travail, il y a plus de 20 ans. Des visages sont apparus dans ma couche picturale alors que je tentais d’organiser une composition avec un chiffon. Nous avons fait connaissance à mesure que mon chiffon les a révélés. C’est devenu une pratique, L’Essuyage — un processus pictural alchimique que j’ai inventé et que je n’ai cessé d’approfondir depuis. C’est un acte amoureux et quelque peu magique.
J’ai été amenée à rencontrer et à lire énormément de personnes pour, petit à petit, me faire une idée personnelle de ce qui se joue lorsque j’Essuye. La plus grande découverte a été sans doute une conférence donnée par Patrick Burensteinas qui, pour la première fois, m’a ouverte sur la symbolique alchimique. À mesure que je l’écoutais, je reconnaissais ce qui se passait pour moi dans mon atelier. Ça a été bouleversant et a changé profondément ma perception des choses.
L’Essuyé lui-même est vivant. Il possède une personnalité propre. Il interagit avec les lieux et les personnes, se cache ou se révèle en fonction des circonstances. Lorsqu’il arrive dans la couche picturale, il sort de l’ombre, traverse une sorte de tête de mort pour progressivement s’incarner sous mon chiffon. Motte informe mais grouillante, il se trouve un axe, change de forme, d’âge, de sexe, d’époque… et, finalement, se cale.
La première exposition d’Essuyés a eu lieu Galerie Myriam H. (Paris 6e) en 2007 et s’appelait « Ne plus avoir peur du noir ». J’y exposais trois ans de travail dans l’atelier et une trentaine d’Essuyés — visages, silhouettes, présences surgies de la matière.
Ce processus pictural alchimique est au cœur de ma pratique de peintre et nourrit directement mon travail d’accompagnatrice. Ce que la matière révèle, elle le révèle aussi à celui qui la traverse.
