Les Ateliers du Phénix 2020


Ils sont le fruit d’une collaboration de plus en plus étroite et complice entre Fabienne Castan-Lenoble, psycho-énergéticienne, et moi. Si la base en est « l’Essuyé » (cette pratique à propos de laquelle vous trouverez un article en cliquant ici) ce que nous en avons fait participe d’une co-création qui dépasse de beaucoup ce que, seules, nous pensions y mettre… et vivre ! Inspirée l’une et l’autre par un processus qui nous a littéralement dépassé, nous avons le sentiment de partager avec nos groupes une initiation vivante, en perpétuelle mutation, qui nous enchante, nous nourrit et ne nous laisse jamais indemnes… pour notre plus grande joie !

Fabienne a en effet imaginé très rapidement après notre rencontre que cette expérience très surprenante qui consiste à faire apparaitre un visage dans une couche picturale sans le dessiner, ne pouvait avoir d’ancrage véritable pour celui qui était amené à la vivre que si :

  • il pouvait la vivre plusieurs fois
  • avec suffisamment de temps entre chaque rendez-vous pour en sentir l’impact en lui et le partager
  • il acceptait la part d’irrationnelle qu’elle génère inévitablement comme un postulat de base inexplicable mais bienvenu.

Je commençais à l’époque à faire de troublants rapprochements entre mon approche du Glacis et le Grand Œuvre alchimique. La composition même de mon médium en reprenait certains des ingrédients symboliques, rendus très concrets dans mon atelier lors du mélange des fluides. Au delà encore, l’Essuyé m’avait laissé envisager un Grand Œuvre alchimique en 3 étapes : le noir, le blanc, le rouge.

Mais Fabienne l’a immédiatement envisagé, « intuité » plus encore, en 4 phases : le noir, le blanc, le jaune et le rouge. Et ce qui m’a semblé incongru au début dans cet œuvre au jaune, c’est révélé magistral et évident. (En vérité, on ne peut voir que ce que l’on s’attend à voir… tant que nous ne sommes pas invités à le voir autrement.) L’œuvre au jaune a, non seulement tout changé sur le regard que je portais sur les Essuyés mais mis en lumière (c’est le cas de le dire lorsque l’on parle du Grand Œuvre !) ce que l’essuyage a d’impalpable. Je ne cesse depuis d’en être émerveillée. Toutes les intuitions qui des années durant m’avaient traversées se sont révélées cohérentes comme les pièces d’un puzzle qu’on assemble.

Nous proposons donc pendant un an à un groupe qui s’y engage fermement à venir 5 fois dans mon atelier pour recomposer cette « bulle » précieuse et irrationnelle dans laquelle les Essuyés vont apparaitre. Un an pendant lequel chacun, Fabienne et moi comprises, va se voir évoluer, se transformer, se transmuter. Un an où il va voir aussi les autres autour vivre ce processus bouleversant et serein. Un an pendant lequel tous nous allons recevoir les extraordinaires messages de nos guides intérieurs.

Les Ateliers du Phénix sont l’expression affirmée, aboutie et paisible de notre engagement de vie, à Fabienne et moi, de la singularité de la démarche de chacune avant même que nous nous rencontrions, de la réalisation d’une œuvre commune et généreuse qui n’existe que pour être partagée.

Pour illustrer cet article, vous trouverez une animation réalisée par l’un de mes fils, pour répondre à un désir de ma part : partager avec ceux qui n’ont jamais essuyé un visage ce qu’il a de vivant pendant l’essuyage. C’est certainement ce qu’il y a de plus troublant et de plus difficile à expliquer… Grâce à une délicate et très technique astuce numérique, l’œil l’un de mes Essuyés cligne pendant une petite seconde et l’on découvre ainsi cette espièglerie propre à l’œuvre au jaune : un instant complice entre l’âme et celui qui la découvre.

Soyez les bienvenus…

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Des ailes et des racines

Un article sur le peintre Blan dont mes interlocuteurs quotidiens (entreprises, thérapeutes, peintres…) ignorent souvent le travail. Je vous propose un « arrêt sur image » sur ma production picturale personnelle.  Dont, bien sur, j’espère toujours qu’elle trouvera un écho chez un autre.

 

 

La pratique artistique serait-elle obsessionnelle?

Après plus d’un an à réinventer l’idée des ailes, une autre nécessité picturale a commencé à se ré-inviter au bout de mes pinceaux, subrepticement d’abord puis avec insistance : peindre des racines. Comme si les unes n’allaient pas sans les autres.

Le travail du peintre relève souvent d’obsessions. Sans qu’on sache très clairement pourquoi, certains thèmes, certains sujets, s’imposent et reviennent dans la pratique picturale. Je ne suis pas sure que l’idée que ce puisse être « beau » soit le moteur principal de ces récurrences.

Il me semble plutôt que ces sujets sont arrivés avec la pratique, insidieusement, pour ne plus la quitter. Il infléchissent la technique, la pousse à répondre à leurs nécessités, nous devance sur un chemin que nous ignorons longtemps avant de réaliser y marcher depuis un moment déjà.

Impossible de dater depuis quand est-ce que je peins des visages, des ailes, des branches, des racines, des pierres, des œufs, des nids, des ondes, un souffle… En ferai-je un jour le tour? J’en doute…

Mettre le cap vers ses tableaux

Avec le temps, on finit cependant par se trouver moins surpris de ces invitations impératives. On les revisite avec plaisir. On finit par trouver une certaines cohérence dans ce qui semblait, tout d’abord, n’en avoir aucune. On accepte de ne pas bien en comprendre les exigences (on en est même soulagé) pour mieux en ré-inventer l’expression. On finit par désigner cet ensemble plus ou moins hétéroclite et modulable de sujets sous le mot « cap ».

On entre dans l’atelier comme un marin prend la mer. On a un cap mais aucune idée des étapes qui le jalonneront, aucune certitude quant à ce à quoi il ressemblera, finalement, à l’arrivée.

Le cap peut changer en cours de voyage. Parfois même un cap peut en cacher un autre…

Ne plus dessiner

Ai-je trop peint d’ailes sans veiller à maintenir mes pieds au sol? Les racines, dont j’ai exhumé depuis les prémices de plusieurs années déjà, se sont imposées impérieusement depuis 3 mois. J’ai réalisé en répondant à cet appel qu’elles arrivaient « mures à point », pleines de ramifications, de radicelles, de mycorhizes…

Parce que je ne dessine plus depuis quelques années déjà – ça me semblait toujours trop « cérébral », trop « soigné », trop « besogneux »-  une autre approche plus confiante, plus spontanée, plus juste s’exprime à partir de la force de ce que je perçois et que j’engrange. Je pars en peinture avec ce souffle, cet élan et la recherche d’un geste aussi juste que possible pour le traduire. La suite en découle jusqu’à ce que le tableau s’achève.

A ma grande surprise, les racines trouvent pareillement preneur parmi mes visiteurs, occasionnels ou habitués. A l’instar des ailes, certains y trouvent ou retrouvent une mémoire, une histoire, un « semblable » qu’ils avaient oublié. Et je réalise que ne peins, n’accompagnent, n’envisage mon métier que pour ces rencontres qui dépassent l’entendement…

L’art de l’émerveillement

Au cours d’une soirée-rencontre dans l’atelier, je me suis interrogée sur l’émerveillement. Cette émotion fugitive et fragile se trouve au cœur de ma pratique artistique. Elle me semble indispensable dans une société qui tend à confondre la lucidité avec le pessimisme. L’émerveillement comme une éthique de vie.

Être émerveillé

Photo de Frédérique
Photo de Frédérique

D’après le dictionnaire de l’Académie Française être émerveillé c’est éprouver une admiration mêlée de joie et d’étonnement. Admiration, joie, étonnement, 3 ingrédients pour une émotion bien plus difficile à définir qu’il n’y parait. Car si certaines personnes bénéficient d’une disposition naturelle à ressentir de l’émerveillement, pour la plupart d’entre nous il nécessite une disponibilité de l’esprit et, au début au moins de sa quête, un effort de concentration. Ce peut être un travail volontaire et acharné que de vouloir poser un regard particulier sur le monde, développer une aptitude à sortir de son « soi » étriqué pour s’ouvrir à l’instant et à la surprise.

Photo de Serge
Photo de Serge

Et pourtant, paradoxalement, si l’on travaille à s’émerveiller, l’émerveillement, lui, est immédiat, fulgurant, ancré dans l’instant.

Vouloir s’émerveiller relève donc, au delà d’une certaine disposition naturelle, d’un engagement personnel, conscient, décidé, pour faire de l’instant quelque chose d’important, de plaisant, de joyeux. Un véritable acte de résistance en ce début de XXIème siècle pour ouvrir son regard, traquer cet « admirable et joyeux inattendu » dans un monde qui ne croit plus qu’au désespoir.

Du geste de l’artiste au regard des autres

Photo de Aude
Photo de Aude

Une disposition à voir où l’artiste peintre trouve naturellement un champ d’investigation, pour peu qu’il se sente enclin à participer à cette urgence. Voir pour échapper soi-même à l’enténèbrement sociétal et partager cette vision avec tous ceux qui veulent voir, autrement qu’à travers une lucarne médiatique tronquée.

Photo de Mathilde
Photo de Mathilde

C’est ainsi qu’une soirée dédiée à l’émerveillement dans mon atelier s’est imposée à laquelle ont participé une quinzaine de personnes d’horizon très différents. Artistes, thérapeutes… mais aussi et surtout curieux sans connaissances artistiques particulières, venus amicalement sans bien savoir à quoi la soirée allait les mener.

J’ai peint en commentant mes gestes sur un vaste support, partageant avec le plus de simplicité et d’immédiateté mon Glacis et tous les petits accidents ravissants (marge accidentelle) dont il parsème la surface picturale.

Photo de Marie-Pierre
Photo de Marie-Pierre

Nous avons régulièrement fait des pauses pour inviter chacun à s’approcher, s’approprier un détail, le prendre en photo avec son téléphone portable. Et, lorsque la surface picturale a fini de réagir, nous avons, en dégustant un verre de vin et les petits plats apportés par chacun, projeté sur le mur de l’atelier, à côté du panneau original, ce que chacun y avait glané de jubilatoire. Pour découvrir et redécouvrir chaque parcelle, en se réjouissant de la diversité des regards, de leur complémentarité, de la richesse de ces dizaines d’angles de visions différents à propos d’une même réalité.

Grand moment de partage, de complicité, de joie. Nous nous sommes ensemble émerveillés… En lâchant-prise, en peignant des ailes ou en invitant quiconque à découvrir dans la couche picturale le visage qui s’y cache, l’émerveillement est ce qui court-circuite dans l’atelier et au delà l’uniformisation fallacieuse de notre monde.

Je ne peins que pour ça.

 

 

Pourquoi ailes? : un processus créatif en cours…

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Depuis qu’il a été lavé à grande eau par la Seine et refait à neuf, mon atelier est de nouveau bourdonnant d’un processus créatif en cours. Le processus créatif, c’est une bête un peu bizarre, plutôt capricieuse et cependant très organisée qui exige autant d’activité fébrile que d’heures immobiles. Elle a pris, cette fois-ci, la forme enthousiasmante d’ailes qui attendent pour que le tableau s’achève, qu’un visiteur se place devant. Rencontres protéïformes et surprenantes au détour d’un geste et de l’attente de son résultat sur la toile.

A propos de « l’ouverture d’aile »

Ailes sur fond blanc (détail)Tous ceux qui ont croisé ma route vous le diront : j’incite tout peintre à ne plus tenir son pinceau comme on tient un stylo. Prendre en main l’outil, c’est le début du processus. C’est pourquoi on peut le comparer,  à l’instar d’Idriss Aberkane dont je suis en train de lire le livre -Libérez votre cerveau, manifeste de neurosagesse-  à une sorte d’exercice de neuroergonomie visant à permettre au cerveau d’être le mieux possible branché pour ce qui s’engage.  Ce geste s’appelle « l’ouverture d’aile ». Lorsqu’un peintre ouvre son aile, le bras s’articule de l’épaule au poignet, les poumons se gonflent, la main se libère avec la force d’un sculpteur tenant son ciseau pour tailler dans la pierre. Le corps entier est de la partie.

Pourquoi Ailes?

Ailes en cours de travailDe l’ouverture d’aile à la représentation d’une aile, il n’y a qu’un… geste pictural. Et comme elles volent tout de même mieux lorsqu’elles font la paire, deux gestes picturaux : deux arcs de cercle tracés au pinceau en haut de la toile et qui se gonflent de l’énergie de mes gestes.  La peinture en coulant fait apparaitre les ailes sans qu’il me soit nécessaire de les dessiner davantage. Elles ont à chaque fois, et ce n’est pas là le moindre mystère, une personnalité différente, des émotions et la promesse d »une histoire toujours particulière. Je me mets alors à leur service.

La rencontre

Les ailes de U.Les ailes de JeanEt puis un jour, on ne sait jamais quand, ni qui, ni vraiment pourquoi, quelqu’un entre dans l’atelier. Pour parler d’un projet, envisager un suivi, par curiosité…  et, va s’arrête devant une paire d’ailes en disant : « Mais, se sont les miennes! ».

Phrase sortie de la bouche sans avoir eu le temps d’être réfléchie, qui surprend celui qui l’a dit autant que le peintre qui la reçoit. Je propose alors de les essayer. Je sais qu’à me lire vous n’entendez sans doute par là qu’une pirouette poétique… Que dire alors d’un tableau qui s’achève sous mes yeux? De cette rencontre pleine d’une profonde complicité qui se dévoile entre mon visiteur et ses ailes? Sinon que je ne peins, finalement, que pour ça.

Je demande toujours à mon visiteur un petit texte de sa part pour tenter de partager, plus qu’il n’expliquera, « pourquoi ailes? » Ce mystère que j’orchestre pourtant amoureusement, m’échappe toujours. Reste à chaque fois la sensation d’avoir été touchée par la grâce.

Glacis et intelligence collective

Séminaire GobelinsAvez-vous, comme moi parfois, regardé un pont, une cathédrale, une ville en vous émerveillant du génie humain qui l’a fait sortir de terre? C’est incroyable ce que l’être humain est capable de créer en son nom, mais plus encore lorsqu’il est un groupe. Le partage dans la réflexion et la réalisation est certainement une des forces les plus efficaces, performantes mais surtout enthousiasmantes qu’il  nous soit donné de vivre.

Connaissez-vous ce proverbe qui dit « Tout seul, je vais plus vite. A plusieurs on va plus loin »? Voilà ce qui arrive lorsque les conditions pour « faire ensemble » sont réunies : on génère quelque chose de nouveau, de surprenant, qui va bien au-delà des capacités individuelles de chacun. Voilà ce que permet de vivre l’intelligence collective.

Dans quelles conditions?

L’intelligence collective, lorsqu’elle se vit dans mon atelier, est une sorte de chorégraphie, réfléchie dans un premier temps, et intuitive ensuite qui relie les différents participants jusqu’à la réalisation d’œuvres. Il faut donc, nous seulement envisager ce que pourrait être la chorégraphie de départ, mais aussi y mettre toutes les conditions indispensables à chacun pour qu’elle puisse instinctivement s’épanouir et livrer le meilleur du groupe.

IMG_7462Sécurité psychologique, confiance et gentillesse mutuelle, respect de soi et des autres ne peuvent s’instaurer que si chacun est d’accord pour le vivre et se donner les moyens de le mettre en œuvre. L’ego, cette pensée personnelle qui le plus souvent guide nos faits et gestes, doit donc commencer par trouver une place plus juste pour permettre à une pensée plus généreuse de s’exprimer. C’est un peu comme si l’ego devait apprendre à être le cheval pour qu’un cavalier plus intuitif le conduise où il n’aurait jamais eu l’idée, ni les moyens, d’aller tout seul.

Dans le principe de l’intelligence collective, personne n’est ce cavalier, tout le monde participe à son expression. Lorsque l’expérience se confirme, le plaisir de chacun est décuplé, chacun est nourrit au delà de ses attentes. Les différences individuelles deviennent une richesse, une source de joie et d’émerveillement.

Le groupe? Quel groupe?

J’ai commencé, il y a déjà presque 10 ans, a travaillé sur ce concept auprès de groupes déjà constitués. Ce qui me permettait de gagner du temps et, le plus souvent, d’arriver dans une histoire où il était devenu indispensable, parce que ça n’allait pas aussi formidablement que prévu, de s’interroger sur le « faire ensemble ». De se réconcilier, d’accepter de rester ce groupe, cette équipe, d’en être partie prenante pour chacun de ceux qui le composait. J’ai donc commencé à travailler en entreprise. Et continue à le faire avec toujours autant de plaisir.

IMG_7489Et puis, parlant avec les uns et les autres, j’ai commencé à voir que cette nécessité allait bien au delà du groupe déjà constitué. Beaucoup d’entreprises d’ailleurs ne sont pas prêtes à ce changement de paradigme et restent encore sur un rapport hiérarchique très contraignant où l’on « gâche » ces fameuses « ressources humaines » faute de savoir les faire vivre ensemble dans un but commun.

J’ai réalisé que je pouvais proposer de vivre cette expérience jubilatoire dans mon atelier de peinture pour permettre à chacun de revenir au boulot, dans la famille, dans nos relations avec les autres, plus positif, constructif… heureux! Provoquer, pour lutter contre la morosité ambiante, une sorte de contagion positive à partir d’un moment de partage artistique. « sourire »

Peindre ensemble

IMG_7480Peindre ensemble, donc, non pas chacun sur son tableau en parlant avec son copain, mais peindre une œuvre commune. Improbable, inimaginable, surprenante, réjouissante. Se sentir heureux de partager avec des personnes que l’on ne connaissait pas la veille cette expérience profonde et jubilatoire, où de découvrir autrement ceux que l’on croyait connaitre. Repartir nourris et heureux d’appartenir à la communauté des hommes, un petit bout très précieux de cette œuvre toute vibrante de cette belle énergie à accrocher chez soi où à offrir pour mieux en faire circuler le sourire.

Pour ceux qui sont abonnés à ma news depuis longtemps, ou ceux qui ont déjà eu l’occasion de travailler avec le glacis, inutile de revenir sur la façon tout a fait singulière et joyeuse avec laquelle cette technique picturale permet d’illustrer le propos. Pour les autres, les images illustrant cet article sont le fruit d’une expérience de ce type menée la semaine dernière avec des personnes qui n’avaient jamais peint!

Vous trouverez en cliquant sur ce lien, les dates où cette expérience vous est proposée, à laquelle vous pouvez venir seul, accompagné d’un ou plusieurs amis, groupe déjà ou partiellement constitué  (je reste d’ailleurs à votre écoute pour envisager une date qui ne serait pas proposée sur mon planning).

Lâcher-prise pour avoir moins peur des autres et aimer davantage être avec eux.

 

 

 

Glacis et développement personnel

De l'or dans les mainsParce que l’Art n’est pas un enfant sage qui reste bien tranquille sur une chaise, il est indispensable de lui permettre de jouer pleinement son rôle pour participer à l’émergence de notre monde en pleine mutation. Le Glacis tel que je le partage dans l’atelier prend pleinement sa part à cet engagement.

Qu’est-ce qu’un peintre peut dire du Développement personnel?

Mon travail dans l’atelier est à la fois luxueux et exigent. Luxueux parce que je réalise chaque jour à quel point c’est un privilège de faire exactement ce que j’ai envie de faire de ma vie. Exigent car c’est une grande responsabilité vis à vis de mes enfants, de la société dans laquelle je vis, des contraintes et engagements que comme tout à chacun j’ai à remplir pour « tenir le quotidien ».

Mon métier n’est pas raisonnable parce que pas régulier, pas sécurisant, pas « anticipable ». Au delà même d’une activité professionnelle, c’est un choix de vie, un engagement personnel, ma contribution à la société dans laquelle je vis.

Derrière tout ceci une croyance tenace soutient le raisonnement : si je fais ce pourquoi je suis faite, je suis juste dans la société dans laquelle je vis. Mieux : j’y participe hauteur de mes moyens et possibilités. Pleinement.

Le développement personnel c’est donc, pour moi, la recherche de cette justesse. Le cheminement qui nous fait trouver notre voie pour agir en toute efficience avec les autres.

Et le Glacis là-dedans?

IMG_7487Le Glacis c’est 350 ans d’une histoire silencieuse et discrète, comme une rivière souterraine, qui est restée largement méconnue jusqu’à sa réapparition ici et maintenant en toute (im)pertinence.

C’est une rencontre un peu extraordinaire entre un peintre et une philosophie de vie. La Corporation qui l’a inventé, les Peintres en décor, pour l’avoir largement diffusé à travers toute l’Europe d’un siècle à l’autre, n’en a pas moins  jalousement réservé la philosophie a quelques initiés seulement.

C’est cette philosophie qui aujourd’hui m’apparait précieuse  pour participer au défi qui s’offre à nous : réenchanter le monde avec chacun des hommes qui le compose.

Je participe donc en diffusant le Glacis en entreprise, à l’université et en accompagnement individuel très concrètement à cette réflexion sur l’Intelligence collective dont nous avons, je crois, un besoin vital.

Et, concrètement, on fait quoi dans l’atelier?

IMG_4816Vous l’aurez compris, je ne donne absolument pas de cours de peinture.  Je vais même jusqu’à m’opposer à une telle pratique que je trouve irrespectueuse. Il n’y a de mon point de vue rien à enseigner à quiconque qu’il ne sache déjà, à son insu parfois.

Du coup, j’ai inventé une forme d’accompagnement davantage axée sur le partage d’expérience plutôt que sur un apprentissage.

Dans un premier temps, et comme pour remettre la machine en route, se découvrir bien plus inventif et acteur de sa vie en réintégrant le lâcher prise pour aboutir à la fabrication d’un Carnet d’Accidents Jubilatoires. Sorte de carnet de voyage très personnel où l’accident devient une occasion passionnante et joyeuse de se découvrir.

Un petit tour du côté du monde minéral nous relie à notre histoire universelle à travers une expérience picturale appelée La partie du Caillou. L’occasion de s’émerveiller d’une couche picturale qui, comme une levure à pain, se lève jusqu’à révéler une histoire intime. J’ai composé cette « partition picturale »  amoureusement pour que chacun puisse l’ interpréter à sa façon, très personnelle et émotionnelle.

Enfin, je vous propose en co-animation avec une thérapeute, l’Essuyé, une rencontre singulière avec vous même . Il s’agit d’un visage va apparaitre dans la couche picturale en essuyant avec un chiffon.  Une rencontre irrationnelle et bousculante mais aussi bienveillante, réparatrice et constructive.  L’occasion de faire connaissance avec ce « si proche et cependant bien caché » en nous, cette « Légende personnelle » dont parle Paulo Coelho dans l’Alchimiste…

Je vous accompagne, d’un rendez-vous à l’autre, sans péril mais non sans exigence, pour relancer le précieux processus créatif  dont nous avons grand besoin pour aujourd’hui et pour demain.

Et alors que l’atelier s’ouvre tout grand sur le reste du monde je me réjouis de partager mes pinceaux pour de si belles histoires.

L’Essuyé ou comment sculpter dans le glacis

RencontreÇa semble paradoxal parce que le glacis est un film de peinture transparente, sans épaisseur. Comment sculpter ce qui n’a pas de matière? C’est pourtant ce que propose l’Essuyé. Alors autant le poser tout de suite : on entre là dans l’irrationnel.

« Rodin peint en marbre et Carriére sculpte en ombre. »

Eugène CarrièreC’est Eugène Carrière, peintre, grand ami de Rodin, qui pourrait être, au XIXeme siécle, l’inventeur de l’Essuyé, avec sa façon si particulière de peindre. De quoi s’agit-il exactement? Une fois la couche picturale posée, avec l’aide d’un chiffon, le peintre découvre par degrés un visage, parfois un buste entier, tout vibrant de vie et palpitant sous ses doigts.

Une rencontre singulière.

Si Eugène Carrière partait du réel et tentait avec cette technique de « faire avouer le modèle », je me suis focalisée davantage – depuis que ce qui était une technique picturale pour Carrière m’est devenue une pratique picturale –  sur l’incroyable rencontre qu’elle provoque dés lors que le peintre part avec son chiffon sans idée préconçue de celui qui va apparaitre sur sa toile. Je commence un Essuyé comme j’irai à la rencontre d’un inconnu. Rencontre impossible si la curiosité autant que la bienveillance ne sont pas de la partie. Car celui, ou celle, qui vient, est bien plus fragile, étonné et parfois même inquiet que moi.

Et lorsqu’enfin rassuré, il se révèle, nous prenons le temps de faire connaissance, d’entendre le message dont il est porteur. Je me suis longtemps demandé, d’où venait ce visage ?

Une première piste m’a conduit aux théorie de Jung sur l’inconscient dont il considère qu’il est composé de trois couches : l’inconscient émotionnel, l’insconscient trans-générationnel et l’inconscient collectif. L’Essuyé sortant de l’ombre parvient à la lumière en les traversant, comme un rêve, pour guider l’Essuyeur.

Le même Jung a écrit un livre sur l’alchimie qui a, ensuite, largement éclairé et confirmé le travail en cours lors de l’Essuyage. Le Grand Œuvre y joue un rôle capital.  Chaque Essuyeur va le parcourir, phase après phase,  et je cherche à les rendre les conscientes possible afin qu’elles puissent devenir des repères pour l’Essuyeur.

En ce sens, l’Essuyage est donc un travail de révélation. Ce que ma rencontre avec Fabienne Castan-Lenoble a confirmé avec la co-création des Ateliers du Phénix. Un parcours en 5 étapes, sur le Grand Œuvre alchimique, vers une révélation.

Ne plus avoir peur du noir

EssuyéC’était le titre de ma toute première exposition à la Galerie Myriam H. où n’étaient présentés que des Esssuyés. Et c’est ce que je propose à ceux que cette rencontre autrement amoureuse intriguent. Nous traversons ensemble, le chiffon à la main, la couche picturale comme on plongerait ses deux mains dans un bain sombre pour en faire émerger un visage oublié. Un visage ? Bien plus que ça : une vie, une histoire, des émotions, des souvenirs, des archétypes… J’accompagne mon « essuyeur » comme dans un rêve, à la rencontre d’une part ignorée et terriblement parlante de lui-même.

Voyager en groupe

Lors de ces très troublantes rencontres, l’impact émotionnel sur celui que j’accompagne est vite devenu évident. Il a fallu se former à l’accompagnement de cet impact et trouver des co-équipiers thérapeutes pour que toutes les meilleures conditions soient bien en place ; une écoute, un cadre, une déontologie. Au thérapeute l’accompagnement de l’Essuyeur, à moi celui de l’Essuyé. Cette rencontre entre l’Essuyeur et l’Essuyé sont les deux aspects d’une même personne et permet d’éclairer un moment de vie, de dégager l’Essuyeur de mémoires-traumatiques , de ré-enchanter ou de mieux conscientiser le sens à son existence. Mon atelier est devenu un lieu pour se libérer et se réparer.

De peintre, je suis ainsi devenue thérapeute et suis, à ce titre, supervisée.

Bien plus qu’une technique, l’Essuyé est un geste amoureux, de réparation ou d’acceptation de soi, de l’autre. Une rencontre émouvante au delà des apparences. Et, lorsque le processus est mené à son terme, il est une révélation.

Glacis et art thérapie

Indigo 1En principe, toute forme d’art est thérapeutique. Qu’elle libère, dérange, bouscule, fasse réfléchir, fasse prendre du recul ou, simplement, fasse du bien. Dés lors, n’y a t-il pas redondance à parler d’art thérapie? Pour ma part, je n’associe ces deux mots qu’avec une grande réserve tant j’ai vu l’Art galvaudé par des psy qui le confondaient gaillardement avec du travail manuel ou un atelier digne de l’école maternelle.  Il a fallu toute la conviction et la rigueur de la démarche d’Alain Héril, psychanalyste et fondateur d’Indigo-formations, pour que j’envisage avec plaisir de co-animer un séminaire sur le sujet en sa compagnie. 20 participants sur 3 jours et l’occasion de faire vivre le glacis dans toutes ses dimensions.

Une démarche à l’opposé d’un séminaire entreprise

Indigo 2En entreprise je veille scrupuleusement à ce que le glacis ne provoque pas de remise en cause individuelle. Si l’on aborde les émotions, c’est toujours au service de l’intelligence collective et pour l’enrichissement du groupe à partir de l’apparente hétérogénéité des membres qui le composent. Je veille à ce que le groupe ait une prise de recul intéressante sur ses pratiques sans mettre sur la sellette aucun de ceux qui le composent. Je ne m’adresse aux individus que sur l’angle du groupe auquel ils appartiennent et je travaille au plaisir de se découvrir intelligents ensemble pour résoudre n’importe quel problème pratique.

Ici, la démarche est inverse :  l’art thérapie a été l’occasion exigeante d’aller chercher en soi ce qui pourrait bloquer un processus créatif, de se voir réagir à chaque étape et d’en prendre la mesure, mais aussi de savoir s’appuyer sur son inconscient pour engager ce processus. Dans le but de guérir (soi, l’autre), mieux se comprendre, ou bien plus simplement et ambitieusement, goûter la vie en continuant, comme le dit Jean-François Vézina, à « danser avec le chaos » (soit avec ce que l’on ne contrôle-maîtrise pas). Sous cet angle, le Glacis est un maître.

Indigo : un positionnement particulier

Indigo 3Outre qu’Indigo-formations se veut un organisme de formation intégratiste (toutes les approches thérapeutiques, ou presque, y sont validées et invitées à s’enrichir les unes des autres), les séminaires proposés par Alain Héril et son équipe tendent à s’appuyer sur 3 axes qui ne peuvent que faire échos à ma pratique de peintre accompagnant d’autres peintres. Il s’agit, dans un premier temps, de proposer un nouvel outil (une nouvelle technique) pour enrichir la palette déjà existante des participants. Mais il s’agit aussi de les encourager, en visitant cet outil à l’aulne de leur propre vécu, à en voir le véritable potentiel (bien plus philosophique dans le cas du glacis que purement technique). Enfin, et je dirai presque surtout, Indigo propose à ses interlocuteurs de se ressourcer par la même occasion. Mot qui ne va pas sans provoquer quelques facétieux malentendus .

Se ressourcer?

Blan 2Retour le second jour d’une très charmante Armelle s’étonnant d’une fatigue et d’un brin de colère en se couchant la veille au soir. L’impression d’être très loin du doux ressourcement attendu. Ils avaient, en effet, engagé le premier jour, chacun, deux lâcher-prises sur kraft, sans bien savoir où cela allait les mener et, en contradiction parfois, avec l’idée qu’ils se faisaient de l’élaboration d’un tableau. Situation inconfortable et pourtant très similaire à ce quoi la vie nous confronte. Mise en évidence de tous les jugements de valeur, de nos aspirations à être surs, avant qu’elle n’ait lieu, qu’une chose en vaut la peine, à vouloir faire le mieux possible pour avoir le moins de mauvaises surprises. Et donc, à prendre le formateur comme modèle et à se comparer aux autres… Très fatiguant, assurément. Exaspérant aussi, pour certains.

Avant que l’œuvre n’apparaisse et apporte son comptant de plaisir et d’informations sur l’artiste et ses relations avec son inconscient, il y a donc des étapes douloureuses. Paradoxalement, c’est justement là que se joue le ressourcement. L’idée étant de revenir à sa source, à l’origine d’une croyance, d’une façon d’entendre et de comprendre ce qui est dit, de refaire, involontairement et précisément, comme on a toujours cru qu’il fallait faire. Se ressourcer : c’est un sacré (le mot n’a ici rien d’innocent) boulot!

Reste que durant ces 3 jours, une vague de solidarité, d’élan et d’empathie nous a porté, les uns les autres, autant que les uns avec les autres. Et j’ai été émerveillée autant qu’eux de l’extraordinaire coopération du glacis pour se mettre à leur écoute. Quitte à rester un peu sidérée aussi… Mais à ce propos, je garderai le mystère. Voyez avec Indigo-formations, dont le site, justement, est illustrée par une Grande Dame du Glacis : Yahne Le Toumelin.

Par respect pour les participants, les photos illustrant cet article sont mes réalisations personnelles, qui seront exposées à partir du 24 mars 2015 à la Galerie Elzévir-Paris, en compagnie des teintures sur soie de mon amie Ursula K, jusqu’au 5 avril.

 

 

 

 

Glacis, pensée magique et travail en négatif

Arbre à fritesJe ne sais plus quelle introduction à un recueil de contes de fées parlait d’un petit garçon qui, amateur de frites, en avait planté une dans son jardin dans l’espoir qu’un arbre à frites viendrait à pousser. Ne souriez pas, je suis persuadée que, tout adultes, sages et pleins d’expériences que nous sommes, pas un d’entre nous n’échappe à croire cela possible à un moment où un autre. Au delà de la touchante naïveté, de la poésie aussi, ainsi révélées comment véritablement utiliser cette force de l’intention pour d’une envie enfantine faire une œuvre? L’atelier me semble, justement, le lieu idéal de transformation, de maturation, de la pensée magique. Mais pas à n’importe quelle condition et certainement pas n’importe comment.

Le champ de blé

Les glaneuses - MilletL’année dernière je me suis rendue régulièrement dans l’atelier d’une femme brillante travaillant sur de très grands formats. Outre son travail de peintre, elle avait un poste à très hautes responsabilités et menait formidablement de front les exigences de son énergie créatrice et ses engagements professionnels. Quand bien même, les deux terrains semblaient très dissemblables. Comme beaucoup d’entre nous, la peinture lui était, je crois, une soupape de sécurité pour éviter que la rationalité normative du monde professionnel ne l’engouffre, elle, et surtout, cette petite fille en elle qui voulait voir pousser son arbre à frites. A l’occasion d’un de ces rendez-vous, elle sortit d’anciennes toiles dans l’idée de les recycler et me demandait si je pensais, compte tenu de l’épaisseur de la couche picturale, cela possible. A ma grande surprise, je découvrais sur l’une d’entre elles des grains de blé collés, agglomérés dans une pâte picturale à l’acrylique. D’autres tableaux avaient des bouts de laine, des morceaux de tissus, des petits objets associés à la couche picturale. Si bien que la peinture servait à la fois de couleur et de colle. Comme la raison pour laquelle nous avions engagé un travail ensemble était son désir de transparence, loin de vouloir « corriger » son travail, j’en cherchais les motivations. Pourquoi avoir coller des grains de blé? Et alors, derrière la femme mature, très pro, très efficace, très organisée, la petite fille avec son arbre à frites a répondu : « parce que je voulais faire un champs de blé ». J’en restais émerveillée.

Magie et travail en négatif

Palette arc-en-cielSauf que malgré le blé planté dans la couche pictural, à son grand désespoir, le champ n’avait pas poussé. Et que derrière ce constat, une montagne de frustration, une souffrance à peine avouable, risquait de faire jaillir un torrent de larmes. Pas de champ de blé : malgré tout son amour, son élan généreux et son désir immense. Le peintre est un sorcier. Il possède les recettes magiques pour faire d’un désir un objet qui existe : le tableau. Mais l’apprentissage de cette sorcellerie connait bien des embuches. Le glacis, potion magique par excellence, bien qu’il ne soit pas l’unique solution à cette intéressante recherche, propose de formidables pistes. Car, outre sa marge accidentelle, qui nous oblige au delà de notre volonté à voir véritablement ce qui se cache sous nos désirs, il permet le travail en négatif. Le travail en négatif, c’est l’art de peindre sans peinture. Certaines brosses ne trempent d’ailleurs jamais leurs poils dans le glacis ou dans la palette (voir l’article sur le blaireau pour ceux que ce paradoxe intrigue). Ce travail sans peinture n’existe, à ma connaissance, pas ou très peu dans d’autres techniques. La plupart d’entre nous avons donc coutume d’appréhender la peinture en « mettant de la couleur ». La couleur étant alors l’équivalent d’un objet extérieur à soi, qui nous plait, et que nous prenons et utilisons pour fabriquer un objet qui nous ressemblerait. Comme on ferait une recette de cuisine avec des ingrédients. Comme on s’habille pour être plus beau. Comme on va au supermarché acheter ce qui nous manque.

Ne peuvent germer sur un tableau que les grains de blé qui sont en nous. Tout comme l’objet « grain de blé », sa couleur est un leurre. Aucun des deux ne feront un tableau. Telle n’est pas leur fonction. Ils appartiennent au monde tangible, et s’ils peuvent inspirer le monde à venir, ils ne lui appartiennent pas. Le piège ici est de confondre les registres et de croire qu’avec l’objet on change le monde, quand c’est l’intention qui fait ce travail. Le tube ne fait pas le peintre. C’est la conscience de tout ce qui est déjà en soi, si merveilleusement mur pour faire un nouveau monde, qui fait de l’acte magique une acte concret.

image d’introduction prise sur le site : http://fr.belgourmet.be/frites/arbre_a_frites.php
image de sorcier : http://sites79.ac-poitiers.fr/ardin/spip.php?article352

Bertrand Vergely et le glacis

Dos d'un cadre (haut)J’étais mercredi soir dernier à Paris pour écouter une conférence donnée par Bertrand Vergely sur « La Vie comme Chef d’œuvre ». Bertand Vergely est un philosophe, professeur à Normale Supérieure, qui transmet la philosophie avec passion et générosité dans notre société qui a encore, trop souvent, tendance à en oublier la ressource. Il ne s’agit pas ici de reprendre l’intégralité de la conférence, mais bien de rebondir sur certaines des idées développées et de les partager avec vous.

L’incroyable matérialité de l’œuvre

MagritteIl y a une chose assez étonnante à bien y réfléchir lorsque l’on envisage l’objet tableau. Un châssis, une toile, une couche picturale. Un objet très concret, totalement ancré dans la matérialité, au même titre que tous les objets dont on s’entoure pour constituer notre environnement. Le tableau est aussi concret qu’un fer à repasser, une louche, un pot de confiture… Et pourtant ce qu’il illustre relève du domaine de tous les possibles. Rien, absolument rien, ne limite les possibilités représentatives d’une couche picturale. Ce qui existe autant que ce qui n’existe pas y trouve pareillement leur expression. Et, parce que c’est posé, là, sur cette toile : ça existe. Une histoire folle en quelque sorte : ce que le tableau représente existe par la matérialité du tableau. Certes, on n’en fera pas usage comme de n’importe quel autre objet mais ça n’est déjà plus irréel puisque c’est représenté. Voilà certainement pourquoi faire un tableau relève certainement plus, de mon point de vue, d’un acte symbolique que d’une quelconque technicité.

Le tableau et son cadre

Dos d'un cadre (bas)Pour en revenir à la conférence de Bertrand Vergely, il existe une dimension du tableau à laquelle je n’avais, pour ma part, jamais réfléchi et qu’il a magistralement exprimé. C’est l’idée qu’un tableau est, non seulement le fruit du travail d’un peintre avec sa toile, ses pinceaux, les motifs qu’il représente mais aussi, et incroyablement, c’est un cadre. Et ce cadre marque la fin du tableau, sa limite dans l’espace. » C’est parce que ce tableau est limité qu’on peut le voir. C’est parce qu’un concerto ne dure pas des mois qu’on peut l’entendre. C’est parce qu’un roman ne fait pas des millions de pages qu’on peut le lire. » Cette expérience de la fin, de l’arrêt de l’œuvre porte en elle l’expérience même de la vie et la justification de la mort. La vie est une œuvre d’art parce qu’elle s’achève. Intuitivement, et j’en parlais d’ailleurs dans mon dernier article sur le glacis en unité de soins palliatifs, j’ai toujours su qu’il y avait dans l’atelier une grande réflexion sur l’art de vivre dans le savoir mourir. Mais je suis enchantée (et le mot n’est pas trop fort) d’avoir compris grâce à Monsieur Vergely en quoi exactement et pourquoi.

Partir en mourant

Partir en mourantPour finir cet article (qui sans cela ne pourrait pas être lu), il y a dans les gestes du glacis, un geste pictural très particulier et qui, parfois fait tiquer mes visiteurs : on « part en mourant ». On va avec son pinceau jusqu’au bout de la couleur sur la toile. Et, mais encore faut-il en faire l’expérience pour le comprendre, c’est par la grâce de ce geste que toutes les couleurs sont compatibles entre elles, que le tableau se nuance et propose des respirations à l’œil. Bref, que le tableau respire. Le glacis n’est pas une technique picturale. Le glacis est de la philosophie. « sourire » et Fin !