Séminaire Créativité de l’Université Paris-Dauphine : 7ème édition

Pour la septième année consécutive, le printemps amène avec lui les étudiants de Paris-Dauphine, Master II Marketing et Stratégie . Un grand moment pour chaque promotion, perturbée d’abord puis enthousiaste par ce passage dans l’atelier dont ils ne comprennent pas immédiatement le sens…

 

Un séminaire en co-animation

Valérie en plein debrief sur les postures

 

 

 

 

Chaque année, le séminaire évolue. Chaque promotion réinterrogeant les enjeux de ce moment particulier. Ceux qui la composent, déjà partiellement en entreprise, tous prêts à rentrer de plain-pied dans le marché du travail, expriment un peu plus clairement chaque année une véritable inquiétude à l’idée d’y trouver leur place. Du processus créatif, qui en était le propos au début , j’en suis arrivée l’année dernière à insister sur l’Intelligence collective. Cette année, nous co-animions, Valérie Besombes et moi, pour mieux répondre encore à ce gap entre la vie étudiante et l’entreprise. Valérie est une ancienne RH, aujourd’hui coach spécialisée dans la gestion des talents. Elle apporte dans l’atelier un regard sur la posture en groupe et des outils pour débriefer l’expérience picturale.

Vivre d’abord, comprendre et analyser après

 

 

 

 

A l’inverse d’un cours, les étudiants étaient invités à vivre, dans ce lieu totalement décalé par rapport à leur quotidien, une expérience pratique avant de songer à en analyser les apports théoriques transposables en entreprise. L’occasion de casser des idées reçues, de se voir agir et de regarder agir les autres, de prendre conscience de ses croyances limitantes et de les dépasser sans plus tarder. Une meilleure intelligence du groupe : de soi et des autres, de soi avec les autres. Comment être ensemble sans prendre le pouvoir ou s’effacer? Comment arriver dans une entreprise lorsque l’on a 20-25 ans avec des compétences réelles mais pas d’expertise dans la relation? Comment trouver sa place? Comment se nourrir de l’apport des autres? Autant de questions brûlantes pour eux que l’expérience glacis avec moi a pointé avant que Valérie n’en apporte le décryptage.

Laisser la parole à chacun

Marine expose

 

 

 

 

Ygual a trouvé que le processus était « hyper cadré » et ça l’a surpris. Il l’a vécu comme une contrainte dans un premier temps avant de réaliser que c’était plus cool d’être tous d’accord sur les règles du jeu. Roxane rebondit sur son propos en constatant que le cadre est, finalement, porteur de liberté. Thomas constate une cohérence entre ce qu’il vit en entreprise et la proposition de l’atelier. Ça renforce chez lui l’idée que la prise de recul est « hyper-importante ». Camille a aimé réfléchir autrement. Marine a été frappé par la tolérance qui s’est développée à mesure que l’atelier se déroulait. Clément, bon joueur, a apprécié de ne pas savoir où nous le menions avec nos expériences mais n’a pas été déçu du résultat. Farah dit que le sujet est « hyper abstrait » sur le papier et que c’est, finalement, le truc le plus frappant qu’elle ai vécu pendant ces deux dernières années d’étude. Corentin est troublé de se découvrir plus créatif qu’il ne l’imaginait.  Antoine de découvrir que tout le monde a un talent si on lui en donne les moyens. Yolaine que dans les situations difficiles il existe des outils… Etc.

Tous ont « hyper aimé » travailler dans la bienveillance. Cette indispensable posture …

 

 

L’art de l’émerveillement

Au cours d’une soirée-rencontre dans l’atelier, je me suis interrogée sur l’émerveillement. Cette émotion fugitive et fragile se trouve au cœur de ma pratique artistique. Elle me semble indispensable dans une société qui tend à confondre la lucidité avec le pessimisme. L’émerveillement comme une éthique de vie.

Être émerveillé

Photo de Frédérique
Photo de Frédérique

D’après le dictionnaire de l’Académie Française être émerveillé c’est éprouver une admiration mêlée de joie et d’étonnement. Admiration, joie, étonnement, 3 ingrédients pour une émotion bien plus difficile à définir qu’il n’y parait. Car si certaines personnes bénéficient d’une disposition naturelle à ressentir de l’émerveillement, pour la plupart d’entre nous il nécessite une disponibilité de l’esprit et, au début au moins de sa quête, un effort de concentration. Ce peut être un travail volontaire et acharné que de vouloir poser un regard particulier sur le monde, développer une aptitude à sortir de son « soi » étriqué pour s’ouvrir à l’instant et à la surprise.

Photo de Serge
Photo de Serge

Et pourtant, paradoxalement, si l’on travaille à s’émerveiller, l’émerveillement, lui, est immédiat, fulgurant, ancré dans l’instant.

Vouloir s’émerveiller relève donc, au delà d’une certaine disposition naturelle, d’un engagement personnel, conscient, décidé, pour faire de l’instant quelque chose d’important, de plaisant, de joyeux. Un véritable acte de résistance en ce début de XXIème siècle pour ouvrir son regard, traquer cet « admirable et joyeux inattendu » dans un monde qui ne croit plus qu’au désespoir.

Du geste de l’artiste au regard des autres

Photo de Aude
Photo de Aude

Une disposition à voir où l’artiste peintre trouve naturellement un champ d’investigation, pour peu qu’il se sente enclin à participer à cette urgence. Voir pour échapper soi-même à l’enténèbrement sociétal et partager cette vision avec tous ceux qui veulent voir, autrement qu’à travers une lucarne médiatique tronquée.

Photo de Mathilde
Photo de Mathilde

C’est ainsi qu’une soirée dédiée à l’émerveillement dans mon atelier s’est imposée à laquelle ont participé une quinzaine de personnes d’horizon très différents. Artistes, thérapeutes… mais aussi et surtout curieux sans connaissances artistiques particulières, venus amicalement sans bien savoir à quoi la soirée allait les mener.

J’ai peint en commentant mes gestes sur un vaste support, partageant avec le plus de simplicité et d’immédiateté mon Glacis et tous les petits accidents ravissants (marge accidentelle) dont il parsème la surface picturale.

Photo de Marie-Pierre
Photo de Marie-Pierre

Nous avons régulièrement fait des pauses pour inviter chacun à s’approcher, s’approprier un détail, le prendre en photo avec son téléphone portable. Et, lorsque la surface picturale a fini de réagir, nous avons, en dégustant un verre de vin et les petits plats apportés par chacun, projeté sur le mur de l’atelier, à côté du panneau original, ce que chacun y avait glané de jubilatoire. Pour découvrir et redécouvrir chaque parcelle, en se réjouissant de la diversité des regards, de leur complémentarité, de la richesse de ces dizaines d’angles de visions différents à propos d’une même réalité.

Grand moment de partage, de complicité, de joie. Nous nous sommes ensemble émerveillés… En lâchant-prise, en peignant des ailes ou en invitant quiconque à découvrir dans la couche picturale le visage qui s’y cache, l’émerveillement est ce qui court-circuite dans l’atelier et au delà l’uniformisation fallacieuse de notre monde.

Je ne peins que pour ça.

 

 

Pourquoi ailes? : un processus créatif en cours…

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Depuis qu’il a été lavé à grande eau par la Seine et refait à neuf, mon atelier est de nouveau bourdonnant d’un processus créatif en cours. Le processus créatif, c’est une bête un peu bizarre, plutôt capricieuse et cependant très organisée qui exige autant d’activité fébrile que d’heures immobiles. Elle a pris, cette fois-ci, la forme enthousiasmante d’ailes qui attendent pour que le tableau s’achève, qu’un visiteur se place devant. Rencontres protéïformes et surprenantes au détour d’un geste et de l’attente de son résultat sur la toile.

A propos de « l’ouverture d’aile »

Ailes sur fond blanc (détail)Tous ceux qui ont croisé ma route vous le diront : j’incite tout peintre à ne plus tenir son pinceau comme on tient un stylo. Prendre en main l’outil, c’est le début du processus. C’est pourquoi on peut le comparer,  à l’instar d’Idriss Aberkane dont je suis en train de lire le livre -Libérez votre cerveau, manifeste de neurosagesse-  à une sorte d’exercice de neuroergonomie visant à permettre au cerveau d’être le mieux possible branché pour ce qui s’engage.  Ce geste s’appelle « l’ouverture d’aile ». Lorsqu’un peintre ouvre son aile, le bras s’articule de l’épaule au poignet, les poumons se gonflent, la main se libère avec la force d’un sculpteur tenant son ciseau pour tailler dans la pierre. Le corps entier est de la partie.

Pourquoi Ailes?

Ailes en cours de travailDe l’ouverture d’aile à la représentation d’une aile, il n’y a qu’un… geste pictural. Et comme elles volent tout de même mieux lorsqu’elles font la paire, deux gestes picturaux : deux arcs de cercle tracés au pinceau en haut de la toile et qui se gonflent de l’énergie de mes gestes.  La peinture en coulant fait apparaitre les ailes sans qu’il me soit nécessaire de les dessiner davantage. Elles ont à chaque fois, et ce n’est pas là le moindre mystère, une personnalité différente, des émotions et la promesse d »une histoire toujours particulière. Je me mets alors à leur service.

La rencontre

Les ailes de U.Les ailes de JeanEt puis un jour, on ne sait jamais quand, ni qui, ni vraiment pourquoi, quelqu’un entre dans l’atelier. Pour parler d’un projet, envisager un suivi, par curiosité…  et, va s’arrête devant une paire d’ailes en disant : « Mais, se sont les miennes! ».

Phrase sortie de la bouche sans avoir eu le temps d’être réfléchie, qui surprend celui qui l’a dit autant que le peintre qui la reçoit. Je propose alors de les essayer. Je sais qu’à me lire vous n’entendez sans doute par là qu’une pirouette poétique… Que dire alors d’un tableau qui s’achève sous mes yeux? De cette rencontre pleine d’une profonde complicité qui se dévoile entre mon visiteur et ses ailes? Sinon que je ne peins, finalement, que pour ça.

La commande

Profonde légèretéRécemment j’ai du faire un pas de plus en acceptant de passer outre une promesse que je m’étais faite de ne jamais prendre de commande. J’ai réalisé que ce que je craignais était moins de décevoir que de me voir imposer un regard qui n’est pas le mien. Aussi ai-je inventer une sorte de protocole visant à écouter mon visiteur tout en laissant mes mains libres d’agir à leur guise. Trois souvenirs heureux, si possible de l’enfance, engagent ce travail. Les couleurs, la forme et les détails arrivent d’eux-même avec bien plus de justesse que si nous en étions convenus à l’avance. Au final, la rencontre se fait, ou pas. Personne ne force les choses.

A la suite de cette étonnante rencontre, je demande toujours à mon visiteur un petit texte de sa part pour tenter de partager, plus qu’il n’expliquera, « pourquoi ailes? » Ce mystère que j’orchestre pourtant amoureusement, m’échappe toujours. Reste à chaque fois la sensation d’avoir été touchée par la grâce.

Après inondation, vers un nouvel atelier

Après l'inondationLa Seine s’est invitée dans l’atelier le 2 juin dernier. Si les médias et les assureurs parlent d’un sinistre, il n’était vraiment pas possible, dans le cadre d’un processus créatif qui joue avec la marge accidentelle, de s’obstiner à l’envisager ainsi. Mais alors la question se posait : « Qu’en faire? » A y réfléchir, l’enjeu m’est apparu à la hauteur de ceux que je croise en entreprise. L’occasion rêvée d’être cohérente entre ce que je dis et ce que je vis.

Un nouvel atelier

Après 6 ans d’un atelier qui a vécu un métier qui s’invente et se réinvente, la première évidence a été qu’il n’était pas envisageable de le reconstruire à l’identique. Il fallait le mettre au diapason de toutes les mutations de ceux qui y travaillent, que j’y sois seule ou qu’on y travaillent à plusieurs. Un énorme besoin de le rendre propre et pratique, certes, mais aussi plus douillet, plus cossu, plus lumineux. Puisque le changement s’imposait autant y trouver du plaisir.

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C’est désormais chose faite à grand renfort de peinture blanche, de l’installation d’un nouveau sol plus clair, de l’acquisition de deux gros fauteuils design blancs et d’une bibliothèque.

Entre lieu d’échange et lieu d’action, l’atelier est synchronisé à mes réflexions et au curieux métier que j’exerce : peintre… avec les autres.

Donner du sens

Il était prévu dans les propositions estivales de l’atelier avant les inondations, d’offrir la possibilité à des personnes qui n’avaient pas la chance de pouvoir le vivre en entreprise de venir faire l’expérience de l’intelligence collective. Peindre à plusieurs, œuvrer ensemble sur un même tableau.

Glacis BlanGlacis BlanGlacis Blan

 

 

 

 

 

Les rendez-vous pris ont été mis à mal par l’impossibilité de travailler dans de bonnes conditions : l’atelier n’était plus qu’une pièce humide et froide, revenue à l’état du gros œuvre. Nous avons donc intimement, pour conjurer les odeurs de vase tenaces et la grisaille des murs et sol en béton, engagée à deux, occupantes permanentes des lieux, une œuvre mains mêlées en lâcher-prise.  Nous avons laissé les couleurs du glacis couler le long des murs, chasser la grisaille et l’humidité. Et nous nous sommes installées dans ce lieu tronqué pour recontacter par où nous venions de passer et nous extasier avec une joie enfantine des réponses d’un médium picturale aussi sage que joyeux. Le sourire est revenu ce jour là.

Assumer la mutation, le changement

Puisque le lieu n’est plus et que le métier change, tout changer donc. Non dans la résignation mais dans le plaisir. Un élan tel que le site, même si les eaux ne sont pas montées jusqu’à mon ordinateur, en a bénéficié.

Des idées plus claires qui s’énoncent plus clairement. L’occasion de monter, moi aussi, et encore en compétence. Peintre, j’en ai profité pour apprendre à faire mes pages web et gouter de pouvoir faire d’une vitrine un peu figée un objet vivant au gré de mes prises de recul/prises de conscience.

Démarches individuellesDémarches entreprises

 

 

 

 

 

Accorder aussi ce qui parfois encore ressemblait à du grand écart entre deux publics différents : les démarches entreprises et les démarches individuelles. Je les ai présenté conjointement en première page du site. Chacun choisira le chemin qui lui convient mais, si la curiosité le pousse à regarder à côté, y retrouvera les mêmes exigences professionnelles.

Nous voilà tous les 3, l’atelier, le site et moi, synchrones. Mutation réussie. Nous verrons bien, pour parler comme en entreprise, si les performances seront au rendez-vous. La rentrée s’annonce prometteuse… Cette inondation n’était-elle pas finalement indispensable?

 

Séminaire pictural : monter ensemble en compétence

Lieu du séminaireNous avons vécu, sur les airs des Rolling Stones, un époustouflant séminaire pictural avec une Direction commerciale internationale parisienne, déplacée pour l’occasion au milieu des vignes du Sud de la France. Au programme : une exposition à réaliser dont ils ignoraient tout en arrivant sur le site. « Un caillou après l’autre : avancer ensemble ». Au résultat, et après deux jours, une soixantaine de tableaux professionnels et encadrés, exécutés toutes mains confondues par 21 personnes qui n’avaient jamais touché à un pinceau.

Qui? Quoi? Comment? Pourquoi? etc

Petit PoucetTout l’intérêt de la démarche consiste à amener une équipe sur un terrain où aucune de ses compétences habituelles n’est sollicitée. Il lui reste alors à s’appuyer sur ce qu’elle ignore des potentialités de chacun pour relever le défi . Lequel, pour l’occasion, est aussi exigent que limité dans le temps. Pas question de faire du bricolage ou du travail manuel. L’invitation au vernissage est envoyée avant que l’exposition n’ait été réalisée. Laquelle doit être ficelée quand ils quitteront le site.

Autant dire que d’une bouche bée à un sourire goguenard, tous les participants oscillent pour commencer entre stupeur et incrédulité. Stupeur car rien ne leur parait plus aberrant que cette proposition. Incrédulité car, bien entendu, chacun est convaincu, compte tenu de son absence d’expérience en la matière, qu’il ne sera pas « l’âme de la partie ».

Intelligence collective et montée en compétence

Ensemble, c'est toutCe qui se joue, au delà de la cohésion de l’équipe, c’est une organisation qui va permettre à une intelligence collective de s’exprimer et de se donner très concrètement à voir. Au delà encore, on assiste à une montée en compétence de l’équipe qui va s’appuyer sur de petits apprentissages pour commencer, avant d’élaborer une pratique picturale dont un peintre de métier n’aurait pas à rougir.

Si le résultat est à la hauteur d’une production professionnelle, il ne s’agit cependant pas de faire des participants des peintres. Aucun d’ailleurs ne pourra se vanter d’avoir réalisé un tableau en particulier. Loin d’une reconversion professionnelle, tout relève ici de la découverte et de l’utilisation des potentialités relationnelles, organisationnelles et adaptatives de l’équipe.

Un travail en amont

VernissageCédric Ménétrier, du Cabinet GW Conseil, pour ce séminaire m’a contacté quelques semaines auparavant. C’est à lui qu’est revenu la délicate tâche d’assurer ses interlocuteurs du bénéfice d’une telle démarche.

Sans vouloir fanfaronner, plus l’équipe est incrédule et dubitative, plus elle va être enthousiasmée par le résultat qui, toujours, est au delà des attentes. Mais si pour l’équipe le scepticisme du début est un atout pour « performer », le décideur, lui, a besoin d’être assuré d’un bénéfice concret à partir d’une expérience pour lui très inhabituelle. Il faut savoir l’accompagner dans sa prise de risque.

C’est un travail partagé, ensuite, que d’élaborer entre Coach-consultant et Peintre-consultante une démarche sur mesure, en imaginant dans le déroulé des curseurs qui aideront aux prises de consciences et à leur utilisation par la suite, une fois revenu sur le terrain professionnel.

La réalisation des tableaux, leur encadrement, leur accrochage et le vernissage sont des étapes mémorables. Les outils relationnels et les tableaux, eux, en témoignent encore longtemps après.

 

 

Glacis et intelligence collective

Séminaire GobelinsAvez-vous, comme moi parfois, regardé un pont, une cathédrale, une ville en vous émerveillant du génie humain qui l’a fait sortir de terre? C’est incroyable ce que l’être humain est capable de créer en son nom, mais plus encore lorsqu’il est un groupe. Le partage dans la réflexion et la réalisation est certainement une des forces les plus efficaces, performantes mais surtout enthousiasmantes qu’il  nous soit donné de vivre.

Connaissez-vous ce proverbe qui dit « Tout seul, je vais plus vite. A plusieurs on va plus loin »? Voilà ce qui arrive lorsque les conditions pour « faire ensemble » sont réunies : on génère quelque chose de nouveau, de surprenant, qui va bien au-delà des capacités individuelles de chacun. Voilà ce que permet de vivre l’intelligence collective.

Dans quelles conditions?

L’intelligence collective, lorsqu’elle se vit dans mon atelier, est une sorte de chorégraphie, réfléchie dans un premier temps, et intuitive ensuite qui relie les différents participants jusqu’à la réalisation d’œuvres. Il faut donc, nous seulement envisager ce que pourrait être la chorégraphie de départ, mais aussi y mettre toutes les conditions indispensables à chacun pour qu’elle puisse instinctivement s’épanouir et livrer le meilleur du groupe.

IMG_7462Sécurité psychologique, confiance et gentillesse mutuelle, respect de soi et des autres ne peuvent s’instaurer que si chacun est d’accord pour le vivre et se donner les moyens de le mettre en œuvre. L’ego, cette pensée personnelle qui le plus souvent guide nos faits et gestes, doit donc commencer par trouver une place plus juste pour permettre à une pensée plus généreuse de s’exprimer. C’est un peu comme si l’ego devait apprendre à être le cheval pour qu’un cavalier plus intuitif le conduise où il n’aurait jamais eu l’idée, ni les moyens, d’aller tout seul.

Dans le principe de l’intelligence collective, personne n’est ce cavalier, tout le monde participe à son expression. Lorsque l’expérience se confirme, le plaisir de chacun est décuplé, chacun est nourrit au delà de ses attentes. Les différences individuelles deviennent une richesse, une source de joie et d’émerveillement.

Le groupe? Quel groupe?

J’ai commencé, il y a déjà presque 10 ans, a travaillé sur ce concept auprès de groupes déjà constitués. Ce qui me permettait de gagner du temps et, le plus souvent, d’arriver dans une histoire où il était devenu indispensable, parce que ça n’allait pas aussi formidablement que prévu, de s’interroger sur le « faire ensemble ». De se réconcilier, d’accepter de rester ce groupe, cette équipe, d’en être partie prenante pour chacun de ceux qui le composait. J’ai donc commencé à travailler en entreprise. Et continue à le faire avec toujours autant de plaisir.

IMG_7489Et puis, parlant avec les uns et les autres, j’ai commencé à voir que cette nécessité allait bien au delà du groupe déjà constitué. Beaucoup d’entreprises d’ailleurs ne sont pas prêtes à ce changement de paradigme et restent encore sur un rapport hiérarchique très contraignant où l’on « gâche » ces fameuses « ressources humaines » faute de savoir les faire vivre ensemble dans un but commun.

J’ai réalisé que je pouvais proposer de vivre cette expérience jubilatoire dans mon atelier de peinture pour permettre à chacun de revenir au boulot, dans la famille, dans nos relations avec les autres, plus positif, constructif… heureux! Provoquer, pour lutter contre la morosité ambiante, une sorte de contagion positive à partir d’un moment de partage artistique. « sourire »

Peindre ensemble

IMG_7480Peindre ensemble, donc, non pas chacun sur son tableau en parlant avec son copain, mais peindre une œuvre commune. Improbable, inimaginable, surprenante, réjouissante. Se sentir heureux de partager avec des personnes que l’on ne connaissait pas la veille cette expérience profonde et jubilatoire, où de découvrir autrement ceux que l’on croyait connaitre. Repartir nourris et heureux d’appartenir à la communauté des hommes, un petit bout très précieux de cette œuvre toute vibrante de cette belle énergie à accrocher chez soi où à offrir pour mieux en faire circuler le sourire.

Pour ceux qui sont abonnés à ma news depuis longtemps, ou ceux qui ont déjà eu l’occasion de travailler avec le glacis, inutile de revenir sur la façon tout a fait singulière et joyeuse avec laquelle cette technique picturale permet d’illustrer le propos. Pour les autres, les images illustrant cet article sont le fruit d’une expérience de ce type menée la semaine dernière avec des personnes qui n’avaient jamais peint!

Vous trouverez en cliquant sur ce lien, les dates où cette expérience vous est proposée, à laquelle vous pouvez venir seul, accompagné d’un ou plusieurs amis, groupe déjà ou partiellement constitué  (je reste d’ailleurs à votre écoute pour envisager une date qui ne serait pas proposée sur mon planning).

Lâcher-prise pour avoir moins peur des autres et aimer davantage être avec eux.

 

 

 

Glacis et développement personnel

De l'or dans les mainsParce que l’Art n’est pas un enfant sage qui reste bien tranquille sur une chaise, il est indispensable de lui permettre de jouer pleinement son rôle pour participer à l’émergence de notre monde en pleine mutation. Le Glacis tel que je le partage dans l’atelier prend pleinement sa part à cet engagement.

Qu’est-ce qu’un peintre peut dire du Développement personnel?

Mon travail dans l’atelier est à la fois luxueux et exigent. Luxueux parce que je réalise chaque jour à quel point c’est un privilège de faire exactement ce que j’ai envie de faire de ma vie. Exigent car c’est une grande responsabilité vis à vis de mes enfants, de la société dans laquelle je vis, des contraintes et engagements que comme tout à chacun j’ai à remplir pour « tenir le quotidien ».

Mon métier n’est pas raisonnable parce que pas régulier, pas sécurisant, pas « anticipable ». Au delà même d’une activité professionnelle, c’est un choix de vie, un engagement personnel, ma contribution à la société dans laquelle je vis.

Derrière tout ceci une croyance tenace soutient le raisonnement : Si je fais ce pourquoi je suis faite, je suis juste dans la société dans laquelle je vis. Mieux : j’y participe hauteur de mes moyens et possibilités. Pleinement.

Le développement personnel c’est donc, pour moi, la recherche de cette justesse. Le cheminement qui nous fait trouver notre voie pour agir en toute efficience avec les autres.

Et le Glacis là-dedans?

IMG_7487Le Glacis c’est 350 ans d’une histoire silencieuse et discrète, comme une rivière souterraine, qui est restée largement méconnue jusqu’à sa réapparition ici et maintenant en toute (im)pertinence.

C’est une rencontre un peu extraordinaire entre un peintre et une philosophie de vie. La Corporation qui l’a inventé, les Peintres en décor, pour l’avoir largement diffusé à travers toute l’Europe d’un siècle à l’autre, n’en a pas moins  jalousement réservé la philosophie a quelques initiés seulement.

C’est cette philosophie qui aujourd’hui m’apparait précieuse  pour participer au défi qui s’offre à nous : réenchanter le monde avec chacun des hommes qui le compose.

Je participe donc en diffusant le Glacis en entreprise, à l’université et en accompagnement individuel très concrètement à cette réflexion sur l’Intelligence collective dont nous avons, je crois, un besoin vital.

Et, concrètement, on fait quoi dans l’atelier?

IMG_4816Vous l’aurez compris, je ne donne absolument pas de cours de peinture.  Je vais même jusqu’à m’opposer à une telle pratique que je trouve irrespectueuse. Il n’y a de mon point de vue rien à enseigner à quiconque, juste à proposer.

Du coup, j’ai inventé une forme d’accompagnement davantage axée sur le partage d’expérience plutôt que sur un apprentissage calqué sur le modèle scolaire.

Dans un premier temps, et comme pour remettre la machine en route, se découvrir bien plus créatif en réintégrant le lâcher prise pour aboutir à la fabrication d’un Carnet d’Accidents Jubilatoires. Sorte de carnet de voyage très personnel où l’accident devient une occasion passionnante et joyeuse de se découvrir créatif. En vie quoi!

Un petit tour du côté du monde minéral nous relie à notre histoire universelle à travers une expérience picturale appelée La partie du Caillou. L’occasion de s’émerveiller d’une couche picturale vivante qui, comme une levure à pain, se lève jusqu’à révéler une histoire intime. J’ai composé cette « partition picturale »  amoureusement pour que chacun puisse l’ interpréter à sa façon, très personnelle et émotionnelle.

Enfin, je vous propose en co-animation avec une thérapeute, un rendez-vous avec un ou une inconnu(e) dont le visage va vous apparaitre dans la couche picturale en l’essuyant avec un chiffon.  Une rencontre pas ordinaire qui suscite de grosses émotions et l’occasion de faire connaissance avec ce « si proche et cependant bien caché » en nous.

Je vous accompagne, d’un rendez-vous à l’autre, sans péril mais non sans exigence, pour relancer le précieux processus créatif  dont nous avons grand besoin pour aujourd’hui et pour demain.

Et alors que l’atelier s’ouvre tout grand sur le reste du monde je me réjouis de partager mes pinceaux pour de si belles histoires.

 

 

 

 

 

Le glacis, le caillou et l’entreprise

Caillou EricImaginez que l’on puisse peindre comme un interprète lit et exécute une partition musicale. Dés lors le propos est de mettre ses émotions, sa sensibilité, son ressenti – ce que l’on appelle aussi de l’intelligence émotionnelle – au service de cette partition picturale. C’est le pari que nous avons mené 10 agriculteurs de la Région de Chartres et moi la semaine dernière lors d’un séminaire entreprise en décidant de peindre, sur une journée, des tableaux représentant des cailloux.

Un caillou, c’est quoi?

Cailloux BrunoLa chose certainement la plus insignifiante qui soit. Une pierre plus ou moins informe, dure et froide, appartenant de toute évidence au règne minéral. Si pour certains le caillou est ce qui va empêcher la progression – lorsqu’il est dans la chaussure, par exemple – pour d’autres il sera un souvenir de vacances, une sorte de porte-bonheur, glissé dans la poche et que la main rencontre à l’insu de tous quand la plage et ses plaisirs sont bien loin des préoccupations du moment. De la chaussure à la poche toutes les variantes existent, déjà révélatrices de nos philosophies personnelles, et posant déjà la question de la transformation d’une crise (la chaussure) en opportunité (le porte-bonheur).

Cailloux JoelPour un agriculteur le caillou c’est tout ce que nous venons de voir, bien sur, mais aussi un objet concret et quotidien. Tout comme sa terre. L’un d’ailleurs ne semble pas aller sans l’autre. J’ai découvert à travailler avec eux pendant cette journée que chaque année la terre, entre mars et avril, fait remonter en surface les cailloux cachés dans ses profondeurs. Tous les ans, systématiquement, l’agriculteur parcours ses champs pour les retirer avant qu’ils n’esquintent les machines agricoles. Ainsi la terre travaille et livre ses cailloux indéfiniment, année après année, comme une mémoire qui n’en finit pas de témoigner des origines. Car le caillou est à l’origine et à la fin de tout ce qui est sur la terre. On pourrait presque dire que notre planète en est un. Gigantesque.

Jouer la partie du caillou

Cailloux PatrickAvec un objet porteur d’autant d’histoires, de mémoires et d’émotions, l’interprétation ne peut être que riche. Mais que livre t-elle qui puisse parler de l’entreprise, de ses acteurs, de son histoire et de son environnement? Que délivre t-elle à l’entrepreneur (agriculteur, dirigeant, manager…) qui lui permette de poursuivre sa route, son caillou à la bonne place?

Tout d’abord, elle l’amène à bien faire le distinguo entre un objectif de résultat et un cap. Le but n’est pas, contrairement à ce qui en est souvent compris dans un premier temps, de peindre un caillou mais de se mettre en route avec l’intention de peindre un caillou. Il arrive que le tableau représente à la fin de la journée tout autre chose. Le cap est variable, il s’accommode de l’incertitude, se joue des contrariétés, n’a d’autre intention que de maintenir du sens à ce qui advient, à nous prémunir du chaos. Contrairement au but qui, lui, est fixe, stable, quantifiable.

Le cap est pour l’entreprise, sa culture, ses valeurs. Il se nourrit de son histoire passée bien sur, mais aussi des hommes qui la composent, de son environnement qui, parfois, la font changer de cap à l’occasion d’une crise ou d’une opportunité (l’un étant souvent synonyme de l’autre). C’est en peinture ce que j’appelle la partie de go : une stratégie souple et néanmoins très construite.

Cap et but, l’un ne va pas sans l’autre. Mais lorsqu’il sont confondus, l’entreprise souffre. Le chiffre prend le pas sur l’humain. Le travail perd son sens. La motivation des troupes aussi. Le but pour seul maitre transforme l’entreprise en machine à broyer…

Donner du sens

Il s’agit donc de faire l’expérience, sur une journée, de ce cheminement à la fois exigent et incertain. De se mettre en route plein de bon sens et en confiance dans ce qui pourrait paraitre une aventure hasardeuse pour un agriculteur (un entrepreneur, un dirigeant, un manager…) : peindre.

D’une pratique artistique qui semble aux antipodes de leurs terrains professionnels, ils découvrent non seulement les points communs mais encore l’opportunité de remettre en cause certaines croyances bien ancrées. Par exemple, celle tenace, qu’il faut, pour faire un caillou (un tableau, une entreprise, une activité) dessiner déjà une forme et la remplir.

Caillou JFLa réalité est tout autre. L’entreprise arrive toujours de plusieurs rencontres. Celles d’hommes avec un lieu, un moment d’histoire, un besoin… et l’obligation de rentabilité. On commencera donc par fabriquer sur son tableau de « la matière à caillou » dans lequel le caillou pourra émerger, être repéré, choisi et, finalement, dessiné.

Il restera à le distinguer de son environnement sans l’en couper définitivement, à lui donner de l’épaisseur, des volumes, des ombres et des lumières, et de le prendre en compte autant que son contexte, puisque se sont les deux qui feront le tableau…

Bref, une partition picturale qui se joue avec le sourire (le glacis à la bière n’est pas pour rien) mais qui n’en remet pas moins certaines croyances en place. Je joue cette partie avec des entreprises autant qu’avec des particuliers. C’est toujours l’occasion de se découvrir, soi, son histoire, en lien avec les autres…

L’Essuyé ou comment sculpter dans le glacis

RencontreÇa semble paradoxal parce que le glacis est un film de peinture transparente, sans épaisseur. Comment sculpter ce qui n’a pas de matière? C’est pourtant ce que propose l’Essuyé. Comme à chaque fois que le glacis est paradoxal, il s’agit toujours de la rencontre d’une approche technique et d’un centrage particulier et personnel.

 

« Rodin peint en marbre et Carriére sculpte en ombre. »

Eugène CarrièreC’est Eugène Carrière, peintre, grand ami de Rodin, qui est, au XIXeme siécle, l’inventeur de l’Essuyé, quand bien même il ne désigne pas sous ce vocable sa façon si particulière de peindre. De quoi s’agit-il exactement? Une fois la couche picturale posée, avec l’aide d’un chiffon, le peintre découvre par degrés un visage, parfois un buste entier, tout vibrant de vie et palpitant sous ses doigts.

Une rencontre singulière.

Si Eugène Carrière partait du réel et tentait avec cette technique de « faire avouer le modèle », je me suis focalisée davantage, depuis que j’ai redécouverte cette technique il y a une dizaine d’années, sur l’incroyable rencontre qu’elle provoque dés lors que le peintre part avec son chiffon sans idée préconçue de celui qui va apparaitre sur sa toile. Je commence un Essuyé comme j’irai à la rencontre d’un inconnu. Rencontre impossible si la curiosité autant que la bienveillance ne sont pas de la partie. Car celui, ou celle, qui vient, est, semble t-il, bien plus étonné et parfois même inquiet que moi. Et lorsqu’enfin rassuré il se révèle et que nous faisons connaissance, je me demande quelle part de lui, d’elle, parle de moi. D’où vient-il, vient-elle? Pour quoi me dire?

Ne plus avoir peur du noir

EssuyéC’était le titre de ma toute première exposition à la Galerie Myriam H. où n’étaient présentés que des Esssuyés. Et c’est ce que je propose à ceux que cette rencontre autrement amoureuse intriguent. Nous traversons ensemble, le chiffon à la main, la couche picturale comme on plongerait ses deux mains dans un bain sombre pour en faire émerger un visage oublié. Un visage? Bien plus que ça : une vie, une histoire, des émotions, des souvenirs. J’accompagne mon « essuyeur » à la rencontre de sa mémoire enfouie.

Voyager en groupe

Lors de ces troublantes rencontres, je me suis vite aperçue que l’impact émotionnel sur celui que j’accompagnais n’était pas vraiment neutre. Une écoute bien particulière s’impose pour que le merveilleux puisse trouver la place qui lui revient dans cette rencontre et que ce qui ne peut pas se dire puisse au moins se vivre avec plaisir.

Bien souvent ces rencontres à l’essuyé ont éclairé, dégagé, ré-enchanté celui qui s’y est essayé. C’est la raison pour laquelle de plus en plus de thérapeutes proposent de passer par mon atelier pour libérer ce qui n’a pas de mot mais se répare entre deux caresses de la couche picturale.

Bien plus qu’une technique, l’essuyé est un geste amoureux, de réparation de soi, de l’autre. Une rencontre émouvante au delà des apparences.

Glacis et art thérapie

Indigo 1En principe, toute forme d’art est thérapeutique. Qu’elle libère, dérange, bouscule, fasse réfléchir, fasse prendre du recul ou, simplement, fasse du bien. Dés lors, n’y a t-il pas redondance à parler d’art thérapie? Pour ma part, je n’associe ces deux mots qu’avec une grande réserve tant j’ai vu l’Art galvaudé par des psy qui le confondaient gaillardement avec du travail manuel ou un atelier digne de l’école maternelle.  Il a fallu toute la conviction et la rigueur de la démarche d’Alain Héril, psychanalyste et fondateur d’Indigo-formations, pour que j’envisage avec plaisir de co-animer un séminaire sur le sujet en sa compagnie. 20 participants sur 3 jours et l’occasion de faire vivre le glacis dans toutes ses dimensions.

Une démarche à l’opposé d’un séminaire entreprise

Indigo 2En entreprise je veille scrupuleusement à ce que le glacis ne provoque pas de remise en cause individuelle. Si l’on aborde les émotions, c’est toujours au service de l’intelligence collective et pour l’enrichissement du groupe à partir de l’apparente hétérogénéité des membres qui le composent. Je veille à ce que le groupe ait une prise de recul intéressante sur ses pratiques sans mettre sur la sellette aucun de ceux qui le composent. Je ne m’adresse aux individus que sur l’angle du groupe auquel ils appartiennent et je travaille au plaisir de se découvrir intelligents ensemble pour résoudre n’importe quel problème pratique.

Ici, la démarche est inverse :  l’art thérapie a été l’occasion exigeante d’aller chercher en soi ce qui pourrait bloquer un processus créatif, de se voir réagir à chaque étape et d’en prendre la mesure, mais aussi de savoir s’appuyer sur son inconscient pour engager ce processus. Dans le but de guérir (soi, l’autre), mieux se comprendre, ou bien plus simplement et ambitieusement, goûter la vie en continuant, comme le dit Jean-François Vézina, à « danser avec le chaos » (soit avec ce que l’on ne contrôle-maîtrise pas). Sous cet angle, le Glacis est un maître.

Indigo : un positionnement particulier

Indigo 3Outre qu’Indigo-formations se veut un organisme de formation intégratiste (toutes les approches thérapeutiques, ou presque, y sont validées et invitées à s’enrichir les unes des autres), les séminaires proposés par Alain Héril et son équipe tendent à s’appuyer sur 3 axes qui ne peuvent que faire échos à ma pratique de peintre accompagnant d’autres peintres. Il s’agit, dans un premier temps, de proposer un nouvel outil (une nouvelle technique) pour enrichir la palette déjà existante des participants. Mais il s’agit aussi de les encourager, en visitant cet outil à l’aulne de leur propre vécu, à en voir le véritable potentiel (bien plus philosophique dans le cas du glacis que purement technique). Enfin, et je dirai presque surtout, Indigo propose à ses interlocuteurs de se ressourcer par la même occasion. Mot qui ne va pas sans provoquer quelques facétieux malentendus .

Se ressourcer?

Blan 2Retour le second jour d’une très charmante Armelle s’étonnant d’une fatigue et d’un brin de colère en se couchant la veille au soir. L’impression d’être très loin du doux ressourcement attendu. Ils avaient, en effet, engagé le premier jour, chacun, deux lâcher-prises sur kraft, sans bien savoir où cela allait les mener et, en contradiction parfois, avec l’idée qu’ils se faisaient de l’élaboration d’un tableau. Situation inconfortable et pourtant très similaire à ce quoi la vie nous confronte. Mise en évidence de tous les jugements de valeur, de nos aspirations à être surs, avant qu’elle n’ait lieu, qu’une chose en vaut la peine, à vouloir faire le mieux possible pour avoir le moins de mauvaises surprises. Et donc, à prendre le formateur comme modèle et à se comparer aux autres… Très fatiguant, assurément. Exaspérant aussi, pour certains.

Avant que l’œuvre n’apparaisse et apporte son comptant de plaisir et d’informations sur l’artiste et ses relations avec son inconscient, il y a donc des étapes douloureuses. Paradoxalement, c’est justement là que se joue le ressourcement. L’idée étant de revenir à sa source, à l’origine d’une croyance, d’une façon d’entendre et de comprendre ce qui est dit, de refaire, involontairement et précisément, comme on a toujours cru qu’il fallait faire. Se ressourcer : c’est un sacré (le mot n’a ici rien d’innocent) boulot!

Reste que durant ces 3 jours, une vague de solidarité, d’élan et d’empathie nous a porté, les uns les autres, autant que les uns avec les autres. Et j’ai été émerveillée autant qu’eux de l’extraordinaire coopération du glacis pour se mettre à leur écoute. Quitte à rester un peu sidérée aussi… Mais à ce propos, je garderai le mystère. Voyez avec Indigo-formations, dont le site, justement, est illustrée par une Grande Dame du Glacis : Yahne Le Toumelin.

Par respect pour les participants, les photos illustrant cet article sont mes réalisations personnelles, qui seront exposées à partir du 24 mars 2015 à la Galerie Elzévir-Paris, en compagnie des teintures sur soie de mon amie Ursula K, jusqu’au 5 avril.