Spalter à dents : le Glacis dans tous les sens

Dialogue - ChengFrançois Cheng s’interroge dans son livre « Dialogue » sur l’incroyable complexité du mot « sens » en français. Il y a le sens- direction, celui qui nous dit vers où aller. Le sens-signification qui permet une interprétation. Et le sens-sensation qui nous relie à nos capteur personnels, nos sens. Le tout dans un mot monosyllabique. Un concentré en quelque sorte.

Mais un concentré de quoi, en fait? De Glacis, bien sûr!

Le glacis liquide, concentré de couche picturale en devenir, nous parle de mouvements, de voyages, de la direction du vent autant que de celle de l’air. Il est aussi porteur de sens lorsqu’il demande un cap au peintre qui s’engage dans une Partie de Go. Il donne du sens à un lâcher-prise dernière lequel se cache rien de moins que l’âme du peintre, et par là, sait se faire glacis-révélateur. Le glacis-sensation, enfin, nous relie à tous nos sens et parfois nous aide à prendre conscience de celui qui prédomine en nous.

Car, n’allez pas croire qu’un peintre est forcément en prédominance visuelle. Aussi paradoxale que ce puisse paraitre, la couche picturale a des effets très différents sur les uns et les autres. Si certains en ont l’œil caressé, d’autre parlerons d’une impression mélodique, ou tactile (pour ne pas dire sensuelle), ou gustative (je suis de ceux-là). Une Hélène venue dans l’atelier cet été a passé deux jours le nez en l’air, reniflant l’atelier et sa couche picturale avec délectation. Certains encore le perçoivent directement en plein plexus solaire, comme un choc émotionnel.

Le spalter à dents, la brosse qui ouvre les ailes

Ouverture d'aile 1Je vous ai déjà parler longuement du blaireau, cette brosse timide et audacieuse dont il est facile de tomber amoureux. Mais la brosse qui parle le mieux du sens est incontestablement le spalter à crans (ou spalter à dents selon que l’on ait envie de la voir mordre un peu la couche picturale ou non). Chaque brosse a sa personnalité. Celle du spalter à dents est dégourdie, débrouillarde et exigeante. C’est la brosse d’ouverture d’aile par excellence (le glacis est plein de mots poétiques et techniques à la fois, dont j’attends avec impatience le recensement promis par Cat la Bretonne).

Et qu’y a t-il dans une « ouverture d’aile »? 3 sens et un beau centrage.

Les 3 sens de François Cheng. La direction, tout d’abord, qui traverse la surface picturale. La sensation, ensuite, avec la pression exercée sur la brosse. La signification, enfin, sous la forme d’un ruban pris dans un souffle. Et pour tenir ces 3 sens, un peintre en pleine expiration, les deux pieds bien campés dans le sol et le bras libéré des règles occidentales de l’écriture.

Voilà, lorsque l’on parle de sens on n’est jamais très loin d’un gobelet de glacis. Qu’il soit rêvé ou bien réel.

A Cat la Bretonne et à tous ceux qui voudront en parler, je laisse la place pour les mots du glacis. N’hésitez pas à ouvrir vos ailes sur vos claviers.

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