L’Essuyé ou comment sculpter dans le glacis

RencontreÇa semble paradoxal parce que le glacis est un film de peinture transparente, sans épaisseur. Comment sculpter ce qui n’a pas de matière? C’est pourtant ce que propose l’Essuyé. Comme à chaque fois que le glacis est paradoxal, il s’agit toujours de la rencontre d’une approche technique et d’un centrage particulier et personnel.

 

« Rodin peint en marbre et Carriére sculpte en ombre. »

Eugène CarrièreC’est Eugène Carrière, peintre, grand ami de Rodin, qui est, au XIXeme siécle, l’inventeur de l’Essuyé, quand bien même il ne désigne pas sous ce vocable sa façon si particulière de peindre. De quoi s’agit-il exactement? Une fois la couche picturale posée, avec l’aide d’un chiffon, le peintre découvre par degrés un visage, parfois un buste entier, tout vibrant de vie et palpitant sous ses doigts.

Une rencontre singulière.

Si Eugène Carrière partait du réel et tentait avec cette technique de « faire avouer le modèle », je me suis focalisée davantage, depuis que j’ai redécouverte cette technique il y a une dizaine d’années, sur l’incroyable rencontre qu’elle provoque dés lors que le peintre part avec son chiffon sans idée préconçue de celui qui va apparaitre sur sa toile. Je commence un Essuyé comme j’irai à la rencontre d’un inconnu. Rencontre impossible si la curiosité autant que la bienveillance ne sont pas de la partie. Car celui, ou celle, qui vient, est, semble t-il, bien plus étonné et parfois même inquiet que moi. Et lorsqu’enfin rassuré il se révèle et que nous faisons connaissance, je me demande quelle part de lui, d’elle, parle de moi. D’où vient-il, vient-elle? Pour quoi me dire?

Ne plus avoir peur du noir

EssuyéC’était le titre de ma toute première exposition à la Galerie Myriam H. où n’étaient présentés que des Esssuyés. Et c’est ce que je propose à ceux que cette rencontre autrement amoureuse intriguent. Nous traversons ensemble, le chiffon à la main, la couche picturale comme on plongerait ses deux mains dans un bain sombre pour en faire émerger un visage oublié. Un visage? Bien plus que ça : une vie, une histoire, des émotions, des souvenirs. J’accompagne mon « essuyeur » à la rencontre de sa mémoire enfouie.

Voyager en groupe

Lors de ces troublantes rencontres, je me suis vite aperçue que l’impact émotionnel sur celui que j’accompagnais n’était pas vraiment neutre. Une écoute bien particulière s’impose pour que le merveilleux puisse trouver la place qui lui revient dans cette rencontre et que ce qui ne peut pas se dire puisse au moins se vivre avec plaisir.

Bien souvent ces rencontres à l’essuyé ont éclairé, dégagé, ré-enchanté celui qui s’y est essayé. C’est la raison pour laquelle de plus en plus de thérapeutes proposent de passer par mon atelier pour libérer ce qui n’a pas de mot mais se répare entre deux caresses de la couche picturale.

Bien plus qu’une technique, l’essuyé est un geste amoureux, de réparation de soi, de l’autre. Une rencontre émouvante au delà des apparences.

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