La partie de Go

Go141006-2Je compare souvent, dans l’atelier, le processus créatif avec une partie de Go. Une idée qui en étonne plus d’un mais qui permet de distinguer un lâcher-prise d’une véritable œuvre picturale. La marge accidentelle (à savoir ce que l’on ne contrôle pas) vous allez le voir, n’y est cependant absolument pas oubliée. C’est même tout l’intérêt de cette stratégie.

Les illustrations ci-dessous vous donneront peut-être une idée de ce qu’une partie de Go peut être.

A stratégie égale, la partie de Go n’est pas un jeu d’échecs

DSC04063Dans mon livre (cliquez ici si vous voulez en savoir plus à son propos), je parle d’une « partie d’échecs » pour désigner le processus créatif qui commence avec l’idée du tableau jusqu’à la fin de sa réalisation. Mais outre le mot « échec » qui, malgré tout, porte en lui de forts mauvais augures, quelque chose ne collait pas…

En effet, ce n’est pas parce que nous parlons de stratégie que nous parlons nécessairement de guerre. Aux échecs, il faut éliminer l’autre pour  gagner. Le manger. Une très intelligente façon d’être cannibale, en quelque sorte… Cependant j’en retiens qu’une stratégie en plusieurs coups pendant laquelle le joueur est chahuté par les réponses de celui qui est assis en face, est, effectivement, très proche du travail d’un peintre face à sa toile. Mais pas nécessairement avec l’idée d’en éliminer un pour que l’autre gagne!!!

Voilà pourquoi, à stratégie égale, le jeu de Go n’a rien à voir avec le jeu d’échecs. Sa découverte m’a permis, enfin, de revenir plus sereinement sur l’idée d’un processus créatif qui ne soit pas guerrier. Pions noirs et pions blancs, échiquier, stratégie… tout y est, mais personne ne disparait de l’échiquier. Personne n’est « mangé ».

Il y a juste un joueur qui peut encore bouger quand l’autre est définitivement figé.

Les similitudes entre le jeu de Go et l’élaboration d’un tableau

DSC04066Le tableau, tout comme le perdant de la partie de Go, est destiné à ne plus bouger.

Le tableau est une étape, un témoignage du chemin effectué par le peintre : celui qui peut encore bouger, poursuivre ses recherches. Et il me semble important que se soit le tableau qui s’immobilise pour justement permettre au peintre de poursuivre sa démarche.
Le tableau n’est pas un but mais un signe sur la route. C’est à ce prix qu’il peut en commencer un autre et, éventuellement, laisser ses œuvres partir ailleurs sans se sentir amputer d’une partie de lui-même.

Dans cette stratégie là, le but est aussi le point de départ : découvrir le peintre.

 

Et la marge accidentelle là dedans?

IMG_6148Tout comme le meilleur joueur ne peut totalement anticiper les réponses de son adversaire, le peintre lors du processus créatif va devoir prendre en compte, d’un glaçage à l’autre, les réactions chimiques (et/ou physiques?) du glacis. Il doit veiller, non pas à éviter que ces réactions aient lieu mais à ce qu’elles gardent du sens pour lui.

C’est ainsi qu’au cours de l’élaboration d’une œuvre picturale au glacis, le sujet du tableau peut changer sans que le tableau ne sombre dans le chaos. Tout le travail du peintre tient moins dans la maitrise de son médium pictural qu’à sa capacité à accueillir et donner du sens à ce qui arrive sur la toile. Une philosophie de vie…

Je laisse à ceux qui le voudront l’occasion de rebondir sur cet article en racontant leur Partie de Go. Avec une photo? Merci ;o)

 

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