8 mars : et pour une femme-artiste, c’est comment?

Depuis quelques jours tout semble concourir à chatouiller ma fragile identité de femme-artiste. Et alors que je commence à sentir en moi la peintre se rebiffer, je réalise que nous sommes le 8 mars, journée nationale des droits de la femme. Petit partage de ressentis sur le curieux regard porté par notre société sur mon engagement.

T’es peintre; tu donnes des cours aux enfants

10 ans que Martin et Hélène sont nos amis. Leur fille, Maëlys, 11 ans, est de ces êtres étranges dont « la valeur n’a pas attendu le nombre des années ». Elle est modestement, humblement et profondément artiste. Petite âme délicate au sourire timide, elle rêve de venir passer une journée dans mon atelier. Comment résister? Nous voici donc toutes deux, silencieuses, à gouter cette paix miraculeuse dont il nous fait l’offrande.

En retour ses parents, reconnaissants, m’assurent qu’ils vont en parler à tous leurs amis et constituer un groupe d’enfants qui viendront peindre dans mon atelier.

Ne me reste qu’à puiser la force de sourire et la patience nécessaire pour expliquer pour la millième fois que je ne donne pas de cours, qu’être peintre n’est pas forcément synonyme de prof de dessin, que je n’ai aucune envie de voir mon atelier envahi par une horde d’enfants. Pour être tout à fait franche, je ne vois pas de rapport entre les enfants et mon engagement, ce que j’estime mes missions et le métier que j’exerce.

T’es peintre; tu es bénévole

un ami m’écrit pour me faire part d’un projet sur sa pratique philosophique et l’Art. Je suis, bien sur, emballée à l’idée de participer à ce que j’imagine un colloque ou un séminaire.

Absente pour la première réunion du groupe de réflexion, je découvre quelques jours plus tard le compte-rendu de la séance. Il s’agit d’un weekend ouvert à 25 personnes pour découvrir leurs profils créatifs en passant d’un atelier de travail manuel à l’autre; collages, dessin, aquarelle et… glacis. Coût pour les participants par personne, 30€ pour deux jours, afin de couvrir la location d’une salle et quelques frais matériels. Nombre d’animateurs, 4, 5 ou 6…

Mon ami anime u atelier sur sa pratique et tous les autres ateliers sont tenus par des femmes-artistes enthousiastes, bien sur bénévoles.

Je me fais l’effet d’être la pire des pimbêches en expliquant diplomatiquement que ça n’est pas vraiment ce que j’imaginais et ne pense pas pas pouvoir y participer.

T’es peintre, donc rien de bien important

Invités avec mon compagnon à une soirée professionnelle, nous faisons la connaissance d’un brillant polytechnicien venu y présenter son dernier livre. Au hasard de la conversation j’apprends que sa femme, tout comme moi, est peintre et, justement, expose.

Le weekend qui suit, nous nous rendons à son exposition. Les toiles sont splendides. Le travail est riche, intelligent, fourmillant de pistes de réflexions et de recherches personnelles. Je suis touchée par certaines toiles, émerveillée par ce qui se livre de l’une à l’autre. J’insiste pour que nous fassions plus ample connaissance. Les voici, mari et femme, à déjeuner à la maison. Et je découvre, sidérée, une femme qui s’excuse presque de peindre et considère normal autant qu’inévitable d’ouvrir son atelier, baptisé pour l’occasion « la peinturlure », aux enfants du village chaque mercredi.

Mais pourquoi??? Pourquoi toutes les femmes peintres que je croise donnent-elles des cours, le plus souvent à des enfants? Pourquoi le prix des cours est-il toujours tellement dérisoire qu’il ne s’aligne pas même sur un smic? De quel droit, et plus particulièrement lorsque l’on est une femme, le métier de peintre est-il systématiquement assimilé à une activité de loisir? Pourquoi des femmes-peintres, parfois très talentueuses,  trouvent-elles normal d’être ainsi socialement sous-estimées, sous-évaluées, sous-considérées?

Je pense que notre société est doublement malade. Malade d’une ignorance abyssale de la fonction sociétale et individuelle de l’Art. Malade aussi d’une misogynie tenace dont les femmes sont parfois elles-même et à leur insu porteuses et qu’elles entretiennent à leur dépend.

Alors au risque d’être prétentieuse, je revendique dans ce blog et sur ce site, l’indispensable fonction des artistes dans notre société et l’égalité de mérite des engagements artistiques (s’il y a engagement, bien sur!).